Fiqh as-sîra – La biographie du Prophète Muhammad

Muhammad al-Ghazâlî – Maison d’Ennour – 2006 – 355 pages

Fiqh as-sîra - Muhammad al-Ghazâlî

L’AUTEUR :

Né en 1917 dans la banlieue d’Alexandrie, Muhammad Al-Ghazâlî est un érudit et intellectuel égyptien ayant produit un véritable travail de rénovation de la foi dans son pays. Fervent opposant aux partisans de la laïcité en Egypte, il est l’auteur de près de 100 ouvrages dont plusieurs sont traduits en différentes langues. Très jeune, il se passionne pour la littérature ; son père décide alors de s’installer au Caire afin qu’il puisse étudier à Al-Azhar. Durant ses études, Al-Ghazâlî sera profondément marqué par les enseignements de Hasan Al-Banna. Il obtient son diplôme en 1941. Il occupe ensuite plusieurs fonctions dans la hiérarchie de l’université d’Al-Azhar et écrit des articles pour le journal des frères musulmans. Il présidera pendant plusieurs années l’Institut international de la pensée islamique au Caire. Il part ensuite enseigner à La Mecque à l’université Umm Al-Qurâ, puis à celle du Qatar et enfin à l’université Emir Abdelkader en Algérie où il acquiert une grande notoriété grâce à ses conférences et ses apparitions sur la chaîne nationale. Al-Ghazâlî meurt en accomplissant le pélerinage le 20 mars 1996 à l’âge de 78 ans. Il sera enterré à Médine. Muhammad Al-Ghazâlî a écrit de nombreux livres, notamment : l’Islam et l’économie – l’éthique du musulman – le credo du Musulman – Fiqh al-sîra – renouvelle ta vie – les droits de l’homme entre les enseignements de l’Islam et la déclaration des Nations Unies – la raison du déclin des Arabes et des musulmans – comment se comporter avec le noble Coran ? – vers une interprétation contextuelle du Noble Coran (3 volumes), etc.

DESCRIPTIF DE L’ŒUVRE:

Dans l’introduction de son œuvre, Muhammad al-Ghazâlî dit :

« J’écris en matière de Biographie tel le soldat qui écrirait sur son commandant, l’adepte sur son maître ou l’élève sur son professeur. Je ne puis adopter la neutralité de l’historien, coupé des personnalités de son sujet. Par ailleurs, en écrivant, je ne peux perdre de vue le retard qu’accuse la communauté musulmane sur les plans affectif et intellectuel ; aussi, n’est-il pas étonnant qu’en pleine narration des événements de la biographie du Prophète (SBDL), des allusions soient faites à notre réalité désolante. Pour traiter ce retard révoltant, chaque récit comporte une charge affective sincère qui s’associe à la justesse de la réflexion et à la magnificence de l’acte.»

Le ton est donné ! Ceux qui connaissent un peu la vie et l’œuvre de l’auteur seront heureux de retrouver le style profond et tranchant de Muhammad al-Ghazâlî tout au long de l’ouvrage. Dans son livre, l’auteur ne retrace pas tous les détails de la vie du Prophète (SBDL) mais sélectionne les passages les plus importants à partir desquels il tire des enseignements. L’ouvrage « Fiqh al-Sîra » fait donc partie des livres d’analyse de la « sîra ». Le titre est d’ailleurs très explicite puisqu’il emploie le terme « fiqh » qui signifie « compréhension profonde ». C’est donc le penseur qui écrit avec la volonté de réformer les esprits. C’est aussi le croyant qui s’exprime avec pour souhait de réformer les cœurs. Ce n’est donc pas l’historien qui prend la plume ni l’universitaire mais le savant éducateur et réformateur. Le lecteur ne trouvera donc pas d’index ou de cartes dans l’œuvre comme il ne trouvera pas d’analyses directement liées aux détails historiques comme nous ont habitués les historiens musulmans.

Soulignons que l’ouvrage d’al-Ghazâlî a été commenté par cheikh al-Albânî. Ce dernier donnera, sous forme de notes de bas de page, son avis d’expert quant aux hadiths cités dans l’œuvre. Le fait que cheikh al-Albânî prenne le temps d’annoter cette œuvre en dit long sur l’estime qu’il pouvait porter à l’auteur. Il y aura toutefois des divergences entre al-Ghazâlî et al-Albânî dues à une différence de méthodologie. Ces divergences « scientifiques » sont d’ailleurs très bien expliquées dans l’introduction de l’œuvre qui se termine en ces mots :

« Je passerai outre mon désaccord sur maintes questions avec notre Professeur traditionniste, mais je n’ai pas manqué de rapporter tous ses commentaires des textes que j’ai présentés. Attendu sa connaissance approfondie de cette science, sa minutie dans l’examen des questions religieuses est digne de respect et d’admiration. Sur nos convergences comme sur nos divergences, le lecteur est en droit de confronter les Récits que j’ai répertoriés avec le point de vue d’un examinateur rigoriste. Puisse Dieu récompenser l’effort du professeur Nâsir eddîne de sauvegarder le patrimoine de la Prophétie, puisse-t-Il nous guider tous au droit chemin ! ».

Enfin, pour ce qui est de la traduction de l’ouvrage, elle ne fait que résumer les notes de cheikh al-Albânî afin de ne pas encombrer le lecteur avec des détails trop techniques. Il reste donc nécessaire de retourner à la version arabe afin d’avoir le détail de son travail d’authentification (tahqîq).

Notons aussi que l’auteur ouvre parfois des parenthèses pour rappeler et expliquer quelques notions fondamentales de l’Islam telles que le statut de la tradition prophétique (sunna), la place de l’adoration et la globalité de l’Islam. Sur ce dernier point par exemple, il dit :

« La religion est comme l’organisme qui nécessite une alimentation complète. Elle ne peut s’établir au sein d’une communauté, ni chez l’individu, que grâce à un ensemble de lois nuancées qui préserve sa continuité et assure sa santé et son épanouissement ».

Par ailleurs, nous pouvons remarquer que l’auteur, d’une parenthèse à une autre, en profite parfois pour critiquer les orientalistes, les communistes, les sionistes et certains pays arabes. Toutefois, ces critiques sont plutôt rares en comparaison à ce que l’on peut trouver dans l’ouvrage de cheikh al-Bûtî intitulé lui aussi « Fiqh al-sîra ». Il s’agit donc surtout de rénover la foi et de réveiller les cœurs des croyants plutôt que de critiquer les systèmes de valeur et de pensée prédominants de son époque. Al-Ghazâlî se montre aussi critique envers les fausses croyances de ses coreligionnaires surtout autour des thèmes de la naissance du Prophète (SBDL) et du voyage nocturne.

Une autre particularité du livre « Fiqh al-sîra » est que l’auteur consacre un chapitre entier aux épouses du Prophète (SBDL) vers la fin de l’ouvrage. Il explique surtout, et de façon très pertinente, la position de l’Islam face à la polygamie. S’il choisit de s’étaler sur le sujet, c’est parce que de nombreux articles très critiques paraissent sur le sujet à son époque. Cette fois-ci, on peut dire que la pensée occidentale en prend pour son compte.

Concernant la traduction en langue française, le travail est plutôt bien fait, même si on trouve ici et là quelques passages difficilement compréhensibles. Ce problème vient du fait que Muhammad al-Ghazâlî emploie des mots arabes plutôt complexes si l’on compare à d’autres œuvres produites par ses contemporains. Il n’utilise pas des mots et des expressions simples et accessibles à un très large public. Nous remarquons par ailleurs que le style de notre auteur est plutôt littéraire contrairement au style dont nous ont habitués les historiens. Ceci est assez nouveau pour son époque et s’explique, comme nous l’avons mentionné précédemment, par le fait que c’est le penseur (croyant) et non l’universitaire (historien) qui s’exprime. Notons enfin que le style littéraire d’al-Ghazâlî oblige parfois le lecteur à lire un passage à deux ou trois reprises afin de bien comprendre son sens.

Pour ce qui est de la première édition, il est assez difficile de trouver des informations sur la question car le livre a été édité plusieurs fois et par diverses maisons d’édition. On connaît la première édition de Dâr al-Shurûq (Le Caire) publiée en l’an 2000, on sait que Dâr al-Qalam (Damas) a publié une septième édition en 1998, que la maison d’édition Mu’assasa ‘Âlam al-Ma‘rifa (Beyrouth) a publié elle aussi une septième édition en 1976. L’édition la plus ancienne que j’ai trouvée date de 1965 ; il s’agit de la sixième édition publiée par la maison d’édition Dâr al-Kutub al-Hadîtha. Bref, il semblerait que le livre ait été publié pour la première fois entre 1950 et 1960. Il ne s’agit bien sûr que d’une estimation.

Enfin, terminons cette critique littéraire en soulignant un très beau rappel de Muhammad al-Ghazâlî. Il souligne une vérité fondamentale que le lecteur ne doit pas négliger : la sîra ne peut être comprise isolément du Coran et de la tradition prophétique (sunna). Il dit :

« Vous serez tenté, lecteur, de penser que vous avez étudié la vie du Prophète (SBDL) en suivant son cheminement, de la naissance jusqu’à la mort. Erreur monumentale ! Vous n’appréhenderez vraiment la vie du Prophète (SBDL) que si vous étudiez le noble Coran et la Tradition (sunna) purifiée ; plus vous en acquerrez, plus vos liens avec l’Islam deviendront indéfectibles. »

Ces mots d’al-Ghazâlî sont vraiment d’actualité et rappellent aux musulmans que les productions cinématographiques du 20ème et 21ème siècles telles que « Le Message » ou la série « ‘Umar » ne pourront jamais donner le sens réel et profond de la sîra.

EXTRAIT :

«  Ce matin-là, l’appel à la prière fut dit à voix presque basse dans le camp des musulmans et, la prière accomplie, ils regardèrent en silence le « Jardin du Hijâz » qui s’étendait devant eux et que le jour naissant révélait à leurs yeux à mesure que la silhouette des forteresses commençait à se profiler au-dessus des riches bosquets de palmiers et des champs de blé. Le soleil se leva et, lorsque les travailleurs agricoles sortirent de la cité avec leurs pelles, leurs houes et leurs paniers, ils furent stupéfaits de trouver en face d’eux une armée qui se tenait immobile, dans un silence menaçant. » (l’expédition de Khaybar)

MON AVIS :


3,5 / 5 conseillé à la lecture

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