Le Prophète de l’Islam – Sa vie, son œuvre

Muhammad Hamidullah – Editions El-Najah – 6ème édition – 1998 – 1067 pages

Le Prophète de l’Islam - Muhammad Hamidullah

L’AUTEUR :

Erudit, intellectuel, humble serviteur de Dieu et chercheur infatigable, le Docteur Hamidullah (1908-2002) a sans aucun doute marqué l’Islam de France du 20ème siècle. Homme de résistance, apatride, il choisit de s’exiler en Europe, plus particulièrement à Paris, après la partition de l’Inde en 1948 et la dissolution de sa ville natale Hyderabad. Le Dr Hamidullah œuvrera dès lors toute sa vie pour un rayonnement culturel de l’Islam en Occident.

Diplômé en droit musulman international à l’université Ousmania de Hyderabad et docteur en philosophie en 1932 à l’université de Bonn, il présente une seconde thèse en 1935 à la Sorbonne (en lettres) sur « La diplomatie au temps du Prophète et des premiers califes ». Dans son cursus universitaire, il croise le chemin d’éminents intellectuels tel que Henri Laoust et Louis Massignon. Ses recherches l’amènent à beaucoup voyager (Sanaa, Médine, La Mecque, Beyrouth, etc.) et à se passionner pour le monde des manuscrits à partir desquels il publie quelques écrits dont : « Six originaux des lettres diplomatiques du Prophète de l’Islam » (publié en 1986) et « Sahîfa Hammâm b. Munabbih » (publié en 1979). Professeur au CNRS, au Collège de France et à l’université d’Istanbul, il est reconnu par ses pairs comme le premier chercheur musulman à égaler voire surpasser les travaux orientalistes du 20ème siècle. Auteur d’une quarantaine d’ouvrages et de plus de 2000 articles au CNRS (traduits dans une vingtaine de langues), notre auteur est le premier musulman à produire en langue française une traduction du Coran (publiée en 1959).

Le Dr Hamidullah est aussi un homme de terrain car il fonde le centre islamique de Genève en compagnie de Saïd Ramadan ainsi que le premier centre islamique français en 1952. En 1978, il participe aussi à la création de la célèbre mosquée « al-da‘wa » se trouvant à Stalingrad (Paris).

DESCRIPTIF DE L’ŒUVRE:

Cette étude du docteur Hamidullah sur la sîra est d’une richesse exceptionnelle, et ce, à plusieurs titres.

Pour commencer, nous sommes face à un travail de recherche académique écrit dans un style universitaire. La bibliographie et l’index à la fin du deuxième volume le démontrent amplement. Par conséquent, l’ouvrage n’est pas très facile d’accès sauf pour les initiés dans le domaine de la sîra. Nous sommes donc plus dans un travail de recherche s’efforçant à saisir les vérités historiques que dans un ouvrage littéraire retraçant la vie du Prophète (SBDL). Cela explique pourquoi notre auteur pousse sa réflexion en avançant de nombreuses thèses et se positionne en interprétant certains détails de la sîra de façon argumentée. S’il ne trouve pas de matériaux fiables sur lesquels s’appuyer dans son analyse, alors il n’hésite pas à s’arrêter et à ouvrir des perspectives.

L’auteur s’arrête aussi sur certains détails de la sîra souvent délaissés par les historiens musulmans tels que l’identité des enfants de Khadîja nés avant son mariage avec le Prophète (SBDL). S’il réussit à nous surprendre avec la multitude de données qu’il avance, c’est parce qu’il ne se fige pas uniquement sur les ouvrages classiques d’histoire tel que la Sîra d’Ibn Ishâq ou les Tabaqât d’Ibn Sa‘d. Sa maîtrise de plus de 20 langues lui donne accès à des ouvrages écrits en arabe, anglais, ourdou, turc, allemand, etc. Cette richesse linguistique lui permet de se référer dans son œuvre à plus de 250 ouvrages dont certains ne sont que des manuscrits. L’honnêteté intellectuelle de notre auteur l’amène aussi à se référer aux écrits occidentaux.

Une des particularités de l’œuvre est liée à la façon dont l’auteur aborde les thèmes. En effet, il traite la sîra selon l’ordre chronologique des évènements (dans le premier volume ‘la vie’) puis s’arrête longuement sur le contexte de la péninsule arabique et les différentes structures mises en place par les musulmans (dans le second volume ‘l’œuvre’). L’auteur décortique et clarifie tout le long de son travail le contexte social, économique, éducatif, culturel, sociologique, politique, diplomatique, administratif, architectural, militaire, etc. Ceci permet d’avoir une compréhension très profonde et globale de la sîra du Prophète (SBDL). Notons enfin que l’auteur se démarque dans son travail par une étude méticuleuse et scientifique des deux sujets suivants : la constitution de Médine et les missives envoyées aux monarques étrangers.

Quant à la structure de l’œuvre, elle est numérotée par paragraphes, ce qui offre une présentation plus aérée du texte. Ceci semble nécessaire car la composition de l’ouvrage est un peu confuse comme le fait remarquer le professeur Marcel Pacaut qui dit :

« Il y a surtout, et ceci est agaçant, une composition confuse, beaucoup trop morcelée et, qui plus est, progressant en zigzag, sans qu’on comprenne souvent pourquoi telle section arrive après telle autre. Ajoutons que les sous-titres de chaque volume n’ont pas toujours un rapport réel avec leur contenu : la pensée de Mahomet sur le christianisme est traitée au tome 1 (la vie du Prophète), tandis que la liste de ses épouses et leur rôle sont présentés au tome 2 (l’oeuvre). Mais en comparaison de ces imperfections, de ces défauts, que de richesses ! »

L’ouvrage, qui a bénéficié de 6 rééditions du vivant de l’auteur (de 1959 à 1998), a été rédigé directement en français, ce qui lève le filtre de la traduction souvent synonyme d’altération de la lettre de l’auteur.

EXTRAIT :

(Une récente découverte des originaux des écrits du Prophète (SBDL) concerne celui qui fut adressé au kisrâ, empereur des Perses. Voici comment la chose s’est passée. Au début de la deuxième semaine de mai 1963, comme je me trouvais à Istanbul, les agences de presse signalèrent à leurs journaux que selon une nouvelle – une indiscrétion, je pense – du quotidien al-Masâ’ de Beyrouth, Mr Henri Pharaon (ancien ministre des affaires étrangères du Liban) possédait dans sa collection l’original de la lettre que le Prophète (SBDL) avait envoyée à l’empereur d’Iran, son contemporain, pour l’inviter à embrasser l’Islam. Déjà quelques mois auparavant, la Bibliothèque Nationale de Paris avait reçu la photo de cette lettre pour consultation et, grâce à l’amabilité de Mr Georges Vajda, je l’y avais vue. Le monde entier s’intéressa à cette affaire, non le moindre la Turquie, où la presse publia plusieurs articles détaillés sur le sujet, pour raconter l’histoire de la correspondance du Prophète (SBDL) avec Kisrâ. Bientôt après, le quotidien al-Hayât, également de Beyrouth (en date du 27-12- 1382 H./22-5-1963, N°5242, p. 1 et 7) nous apporta suffisamment de détails, et reproduisit même le fac-similé de la photo du document sur trois colonnes. Il s’agit d’un article du savant bien connu Dr Salâhuddîn al-Munajjed, article intitulé en arabe : ‘Lettre du Prophète Muhammad b. ‘Abdallah, que Dieu se penche sur lui et le prenne en Sa sauvegarde, à l’adresse d’Ibrawîtz roi des Perses’. Mr Munajjed avait promis de revenir encore une fois sur le sujet dans une étude plus technique, faite du point de vue paléographique. (Mais dans le livre qu’il a publié depuis lors sur la paléographie arabe, les traits particuliers de la lettre en question ne sont pas abordés.) Il nous est particulièrement agréable de mentionner que, quand nous avons visité Beyrouth en 1964, Mr Henri Pharaon a bien voulu nous recevoir chez lui et nous donner la possibilité d’examiner le précieux document. Il nous a même gracieusement fourni deux magnifiques photos de grand format (40 x 30 cm) et nous a encouragé par tous les moyens à entreprendre une nouvelle étude. Puis, quand elle a paru dans la Rivista degli Studi Orientali, Rome (t. 40, 1965, p. 57-69 avec 4 illustrations), il la fit reproduire dans la presse libanaise. Ce fut un honneur pour moi, auquel je suis très sensible.) t. 1, p. 341 et 342, § 612 à 615.

MON AVIS :


4,5 / 5 très bon ouvrage

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