Les différents modes de révélation

Selon ce qui nous est rapporté dans les ouvrages de sîra, le Prophète (SBDL) a vu l’ange Gabriel dans son aspect véritable et naturel à deux reprises : une première fois lors de la reprise de la révélation, puis une seconde fois lors de son ascension dans les cieux. Dieu – Le Très Haut – dit :

« En vérité, votre compatriote n’est ni un égaré ni un illuminé et il ne dit rien sous l’effet de la passion ! Ce n’est en fait qu’une révélation inspirée que lui a enseignée un être d’une force prodigieuse, doué d’une sagacité inouïe, qui se manifesta devant lui sous sa forme angélique, alors qu’il se trouvait à l’horizon suprême » (s53 : v2-7)

L’ange Gabriel prenait généralement l’apparence d’un homme lorsqu’il se manifestait au Messager de Dieu (SBDL). Parfois il insufflait dans l’esprit et le cœur du Prophète (SBDL) ce qu’il devait insuffler sans être vu de lui. Durant la vie du Messager de Dieu (SBDL) il est même arrivé que Dieu révèle certaines prescriptions directement sans l’intermédiaire de l’ange Gabriel. Souvent, l’ange ne lui apparaissait pas, mais était annoncé par une sorte de carillonnement de cloches – c’était la forme la plus éprouvante pour lui – l’ange le serrait alors si fortement que son front suait, même en temps de froid, et sa monture s’accroupissait s’il se trouvait dessus. La révélation lui vint une fois alors que sa cuisse était appuyée sur celle de Zayd b. Thâbit qui faillit s’écraser sous le poids. Il lui arrivait aussi de s’assoupir lors de la révélation comme s’il s’était évanoui. Mais il arrivait aussi que la révélation se fasse beaucoup plus aisément. Au début, quand la révélation descendra sur le Prophète (SBDL), celui-ci sera un peu tendu de peur d’oublier ce qui lui est révélé. Il prendra l’habitude de remuer ses lèvres pour répéter tout de suite derrière l’ange. Dieu lui révèlera alors :

« N’essaie pas de répéter sur-le-champ tout verset qui t’est révélé dans ton impatience de le retenir ! C’est à Nous qu’il appartient de te l’apprendre et de t’en faciliter la lecture. » (s75 : v16, 17)

Enseignement de Muhammad Al-Ghazâlî
« Le poids éprouvant de la révélation »

On peut se demander pourquoi la révélation fut si éprouvante au début et pourquoi le Coran ne fut pas révélé sous forme de visions dans le sommeil ou d’inspiration en plein éveil. Si la révélation du Coran était d’abord si pénible pour le Prophète (SBDL), c’est pour montrer définitivement son origine divine, mais aussi pour que le Prophète (SBDL) comprenne clairement son rôle exclusif de transmetteur et de Messager. Il était évident qu’il ne s’agissait pas de l’invention d’un ermite, ni de l’œuvre d’un philosophe, mais bien de la parole de Dieu.

Muhammad Al-GhazâlîFiqh as-sîra (la biographie du Prophète Muhammad), trad. de l’arabe par Rachad Hrazem, revu et corrigé par Abderrazak Mahri, Paris, Editions Maison d’Ennour, 2006.

Enseignement de ‘Abdurrahmân Badawî
« La prétendue hystérie du Prophète (SBDL) »

Dans son ouvrage intitulé « Das leben und die lehre des Mohammad », A. Sprenger prétend que Mahomet souffrait d’une maladie qui touchait généralement les femmes et appelée par Schônlein sous le nom de hysteriamusuclaris. Pour lui, cette maladie ne touche l’homme que rarement. Il explique ensuite ses symptômes : paroxysmes, lèvres et langue tremblantes, les yeux qui roulent vers un côté puis vers un autre, frissons, tremblements, etc. Sprenger explique que Mahomet souffrait aussi de maux de tête, et quand les paroxysmes étaient très violents, il s’en suivait une catalepsie sans que celui-ci ne perde conscience ; ce qui distinguait sa maladie de l’épilepsie qui était très proche. Sprenger affirme qu’après le départ de l’ange, Mahomet communiquait ces oracles, qui étaient souvent médiocres, mais que cela prouvait qu’il était bien conscient. Il explique ensuite que l’hystérie de Mahomet prenait surtout la forme de fièvre qui était dominante dans la région médinoise. Son visage devenait alors pâle, il tremblait, frissonnait et finissait par suer, ce qui annonçait la fin de sa crise.

Sprenger pousse son insolence encore plus loin lorsqu’il parle de la sexualité du Prophète (SBDL). Comme les femmes hystériques sont dominées par la nymphomanie, Mahomet l’aurait été lui aussi. Pour Sprenger, le Prophète (SBDL) ne serait pas exempt du soupçon de s’être livré au vice. Il aurait eu une activité sexuelle excessive et serait touché d’hypertrophie du désir dont l’homologue chez la femme est la nymphomanie.

Il est absurde de qualifier Muhammad d’hystérique ou d’épileptique car sa personnalité aussi bien avant qu’après la révélation ne témoigne d’aucun symptôme de ces deux maladies. L’hystérique est influençable et a tendance à reproduire ou à imiter des maladies organiques alors que le Prophète (SBDL) était ferme, persévérant et inébranlable devant toute forme d’épreuves. L’hystérique a peur de déplaire et adapte son attitude en fonction de celle d’autrui or Muhammad n’eut jamais peur de déplaire à ses ennemis qui ne le suivaient pas. La personnalité d’un hystérique est inconsistante, immature avec un égocentrisme et un besoin de protection très marqués or Muhammad avait une personnalité très solide et ses rapports avec ses compagnons témoignaient d’un altruisme qui n’a jamais manqué. Par ailleurs, le Prophète (SBDL) ne manifestait aucun symptôme d’épilepsie. En effet, on ne rapporte aucune crise où il y aurait eu une perte de connaissance immédiate ou des convulsions généralisées, aucune crise qui aurait duré une ou deux heures, aucune crise où il aurait perdu ses urines, et finalement aucune perte de mémoire. Il s’agit de propos mensongers de Sprenger qui répète les calomnies ridicules des auteurs byzantins.

La thèse soi-disant scientifique de Sprenger sera réfutée plus tard par d’autres orientalistes dont Tor Andrae (dont le livre est publié en 1932) et Frantz Buhl (dont l’ouvrage fut publié en 1903). Les orientalistes chercheront alors une autre explication des états du Prophète (SBDL), ils verront en lui un mystique. Le premier orientaliste à adopter cette nouvelle explication sera Louis Massignon dans sa thèse secondaire : « Essai sur l’origine du lexique technique de la mystique musulmane ». (Abdurraman Badawi traite longuement de ce sujet dans son ouvrage « Défense de la vie du Prophète Muhammad contre ses détracteurs ». Nous citons ici l’essentiel qui nous permettra d’avoir une idée précise sur la question).

‘Abdurrahman Badawi, Défense de la vie du Prophète Muhammad contre ses détracteurs, collection Islamica dirigée par ‘Abdurrahman Badawi (II), Paris, Editions Afkar, 1990.

Enseignements par Savant et Intellectuel

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