Bahîra reconnaît le Prophète (SBDL)

Bahîra demanda à Abû Tâlib que l’enfant participe aussi au festin. Un Quraychite partit le chercher et le fit asseoir parmi les gens. Le moine le fixa longuement et lui dit :

« Ô garçon ! Par al-Lât et al-‘Uzza ! Réponds à mes questions. »

Il lui parla ainsi car il avait entendu les gens jurer par ces noms. Le Prophète (SBDL) lui dit :

« Ne me questionne pas en jurant par al-Lât et al-‘Uzza car par Dieu, je n’ai jamais détesté quelque chose autant que je les déteste. »

Alors le moine lui dit :

« Par Dieu, réponds à mes questions. »

L’enfant lui demanda alors de parler. Bahîra lui posa donc une multitude de questions liées à ses habitudes et à son quotidien. Les réponses du Prophète (SBDL) étaient en accord avec ce que Bahîra avait lu dans ses écrits concernant les qualités d’un Messager qui allait bientôt paraître. De plus, en regardant l’épaule du Prophète (SBDL), Bahîra aperçut le sceau de la prophétie.

Le moine demanda ensuite à Abû Tâlib son lien de parenté avec l’enfant. Comme son oncle le considérait comme son propre fils, il répondit qu’il était son enfant. Selon ce qui était mentionné dans les écrits en possession de Bahîra, ceci était impossible. Bahîra lui rétorqua alors que le père du garçon ne pouvait être vivant. Abû Tâlib lui avoua alors qu’il était son oncle paternel. Le moine Bahîra lui conseilla de retourner à la Mecque et de se méfier des juifs car s’ils apprenaient l’existence de l’enfant, ils lui feraient du mal. Avant le départ des Qurayshites, Bahîra dit à Abû Tâlib :

« Ton neveu aura un destin extraordinaire, dépêche-toi de retourner avec lui dans son pays. »

Abû Tâlib et son neveu retournèrent à la Mecque tout en se méfiant des gens qu’ils pouvaient rencontrer sur leur chemin.

Enseignement de ‘Abdurrahmân Badawî
« Les légendes construites à partir de la rencontre du Prophète (SBDL) avec Bahîra »

De nombreuses légendes ont été fabriquées en Occident à partir de cette rencontre entre le Prophète (SBDL) et le moine Bahîra. D’après l’abbé Guibert de Nogent (m. 1124) par exemple, quand le patriarche d’Alexandrie mourut, un moine voulut lui succéder mais fut refoulé. Pour se venger, il suggéra à un jeune homme des croyances néfastes et le poussa à se proclamer Messie. Il lui promit de le marier à une riche veuve, du nom de Khadîja, à qui le moine avait promis de la marier à un Prophète. Mathomus (c’est ainsi qu’il écrit le nom de Muhammad ‘SBDL’) fit courir le bruit qu’il était Prophète et annonça que Dieu révèlerait la nouvelle foi d’une manière extraordinaire. Mathomus avait dressé une vache et mit un petit livre entre ses cornes. Un jour, il fit sortir cette vache d’un lieu tenu secret devant la foule. Lorsque les gens ouvrirent le livre, ils y trouvèrent des sentences justifiant tous les vices de la chair. Cela plut au peuple et fit par conséquent beaucoup de mal au christianisme. Cette nouvelle doctrine se répandit en Afrique, en Egypte, en Ethiopie et même en Espagne. Nous remarquons que cette légende est basée sur deux faits : l’histoire du moine Bahîra mentionnée dans les ouvrages de sîra et le nom de la deuxième sourate du Coran « al-Baqara ‘La Vache’ ». À partir de ces deux points, l’imagination perverse des auteurs chrétiens du Moyen Âge en Europe ont construit cette légende. Selon l’abbé Guibert de Nogent, l’Islam serait finalement une hérésie chrétienne et Muhammad aurait créé du schisme au sein du christianisme.

Pierre de Cluny, dit le Vénérable (m. 1156) continua dans la même lancée que l’abbé Guibert de Nogent. Il prétendit que Bahîra, dont le vrai nom était Sergius, était un partisan de l’hérétique Nestorius. Lorsqu’il fut expulsé de l’Eglise, il vint en Arabie et enseigna au jeune Muhammad (SBDL) l’Ancien et le Nouveau Testament selon la doctrine de Nestorius qui niait que Jésus était un Dieu. Pierre de Cluny prétend aussi que Sergius ajouta au Coran des fables tirées des livres apocryphes.

Avec Jacques de Vitry (m. 1244), Sergius (Bahîra) devient « Sosio ». Il prétend que Muhammad (SBDL) fut inspiré par des diables dont un moine apostat et hérétique du nom de Sosio. Celui-ci avait été qualifié par le pape de Rome comme hérétique, ce qui l’avait amené à s’exiler en Arabie. Afin de se venger, Sosio s’était mis d’accord avec un juif pour inciter Muhammad (SBDL) à se proclamer Prophète. C’est ainsi que ce dernier commença à extraire de l’Ancien et du Nouveau Testament une nouvelle loi tout en y ajoutant ce que le diable lui suggérait.

Pour Martin Polonco (m. 1274), Muhammad était un mage, un pseudo-prophète et un chef de brigands. Selon lui, il avait été instruit par un moine du nom de Sergius et la loi qu’il proposait lui avait été dictée par le diable ; loi que Muhammad (SBDL) défendra par l’épée selon lui.

Quant à Vincent de Beauvais (m. 1264), il parle d’un moine ayant péché dans son monastère et qui fut excommunié et chassé. Il se réfugia dans la région de Taymâ’ (qu’il écrit : Cuhenne) en Arabie, où vivaient deux peuples : un adorant les idoles, et l’autre qui était juif. Ce Sergius trouva alors Muhammad (SBDL) et le persuada d’abandonner le culte des idoles et de devenir chrétien nestorien. Muhammad (SBDL) devint alors son disciple et prit le nom de Nestorius. Il apprit, de Sergius, l’Ancien et le Nouveau Testament puis rédigea le Coran où il introduisit l’enseignement de Sergius et d’autres fables et mensonges. Lorsque les juifs remarquèrent que Muhammad (SBDL) se rapprochait de la « vraie » chrétienté, ils devinrent ses disciples et tentèrent de rallier la nouvelle doctrine (l’Islam) aux rites juifs. C’est ainsi qu’ils ajoutèrent des passages au Coran et éliminèrent d’autres passages. Comme les autres auteurs chrétiens, Vincent de Beauvais ne puisaient pas dans les sources arabes.

Il semblerait que le premier à retourner directement aux sources arabes soit Guillaume de Tripoli. Dans son récit sur la vie de Muhammad (SBDL), il met l’accent sur le rôle de Bahîra, moine qui vivait dans un monastère situé sur la route qui conduisait les Arabes de la Mecque vers le mont Sinaï. Il lui avait été révélé qu’un enfant apporterait à l’église de l’affliction et que celui-ci passerait un jour près de son monastère. Ce jeune garçon serait orphelin, maladif, pauvre et gardien de chameaux. Guillaume de Tripoli prétend que les musulmans affirment que la porte du monastère par laquelle il entra s’éleva au moment où il arriva et devint comme un arc de curie impériale. L’enfant fut reçu amicalement par Bahîra. Ce dernier lui donna à manger, l’habilla, le considéra comme un fils adoptif, lui inculqua le mépris du culte des idoles et l’amour de Jésus fils de Marie. Après un certain temps, l’enfant quitta le monastère car il était au service d’un riche marchand. Avant de quitter le moine, il promit de revenir lorsqu’il gagnerait en dépendance. Lorsque l’enfant grandit, il exerça le commerce avec succès, ce qui lui permit de retourner à plusieurs reprises chez le moine Bahîra. Un jour, alors qu’il se trouvait chez ce dernier, dix de ses compagnons pensèrent à tuer Bahîra, mais ils craignaient la colère de Muhammad (SBDL). Une nuit, alors qu’ils étaient ennuyés des discours de Bahîra ils le tuèrent avec l’épée même de Muhammad (SBDL). Ils s’excusèrent ensuite auprès de lui en prétextant qu’ils étaient ivres et qu’ils ne s’étaient donc pas rendu compte de leur crime. Muhammad (SBDL) crut en cette fausse excuse, condamna le vin et défendit à ses partisans d’en boire. Maintenant que Bahîra était mort, les partisans de Muhammad (SBDL) commencèrent à piller des régions toutes entières, à tuer des hommes et ce, jusqu’à la mort de Muhammad (SBDL). Guillaume de Tripoli fait un exposé détaillé de la religion musulmane selon sa propre conception et conclut en disant que la foi des musulmans n’est pas si éloignée de celle des chrétiens. Nous remarquons que le récit de Guillaume de Tripoli est déjà plus proche des réalités historiques si l’on compare à ce qui a été dit par ses prédécesseurs européens.

L’évêque de Grenade puis de Jaen (en Espagne) Pier Pascasio (m. 1300) puisa lui aussi directement dans les sources arabes. Il écrivit un long traité « sur la secte des Mahométans (in sectam Mahometaram) ». Il s’attaqua essentiellement à Bahîra qu’il qualifia de « moine pervers ». Il raconte qu’un moine savant, versé dans les arts libéraux, ambitieux d’honneurs et avide de gloire vint à Rome mais n’obtint rien de ce qu’il convoitait. Plein de haine contre la curie romaine, il voulut se venger en semant la discorde entre les chrétiens. Ayant lu dans le livre de Barouch (Ancien Testament) que les descendants d’Agar (la mère d’Ismaël) seraient capricieux et avides de puissance matérielle, il partit pour la péninsule où ils vivaient. Il trouva en Arabie un peuple qui s’était récemment converti au christianisme. Il décida alors de vivre parmi eux, dans un lieu isolé, et en ermite. C’est alors qu’il rencontra un jour Muhammad (SBDL) qui était un adolescent dont le travail consistait à garder des chameaux. Il se rapprocha de ce jeune garçon qui était très intelligent et lui enseigna beaucoup de choses. Muhammad (SBDL) était fasciné par le moine qui jura de faire de lui le seigneur de la ville, et d’un domaine plus grand encore, s’il lui obéissait en tout. Muhammad (SBDL) accepta et le moine fit de lui un expert en nécromancie, en astrologie et en linguistique. Le jour vint où le roi de la région mourut sans laisser de descendants. Une discorde éclata et les jeunes se plaignirent de la rigidité de la loi. Alors les anciens eurent recours au moine pour qu’il réglât ce conflit. Il leur dit de le laisser retourner chez lui et de lui accorder huit jours pour se prononcer. Pendant ce temps, il se mit d’accord avec Muhammad (SBDL) et monta la ruse de la colombe et du taureau blanc. Lorsque la période d’attente prit fin, il leur proposa de choisir comme roi celui qui serait capable d’arrêter un taureau qu’ils verraient bientôt se déplacer librement dans les montagnes. Le jour venu, Muhammad (SBDL), qui avait dressé le taureau, fut le seul à pouvoir le dompter. Il dévoila ensuite à la foule, qui était fatiguée et assoiffée par la chasse au taureau, un ruisseau d’eau pure dont ils pouvaient s’abreuver. Il s’agissait en réalité d’outres d’eau que Muhammad (SBDL) avait pris soin de cacher. Les gens choisirent à l’unanimité Muhammad (SBDL) comme roi. Ce dernier promulgua alors sa propre loi qui servait Dieu et la volupté. Ensuite, avec l’aide du moine, il composa le Coran qu’il déposa sur la corne du taureau, alors qu’au même moment la colombe, dressée par Muhammad (SBDL), semblait lui parler à l’oreille. Muhammad (SBDL) faisait croire aux gens que cette colombe était un ange.

Dans son récit, Pier Pascasio ne mentionne pas le nom de ce moine. Toutefois, il affirme plus loin que les écrits musulmans mentionnent Sergius, un chrétien et compagnon de Muhammad (SBDL). Pier Pascasio ne loue pas l’intelligence du moine mais le considère comme ayant un « penchant au brigandage ». Il affirme que Sergius connaissait parfaitement le désert et, quand ses hommes partaient pour le brigandage, il cachait dans le sable des œufs d’autruche pleins d’eau. Les lieux où étaient cachés ces œufs étaient uniquement connus par ses compagnons, ce qui permettait à leurs chameaux de boire quand ils avaient soif. Les gens pillés par ces brigands ne les poursuivaient pas, dans l’espoir que ceux-ci meurent de soif au fond du désert. Lorsqu’ils virent qu’ils revenaient sains et saufs, ils crurent au miracle, ce qui augmenta la réputation de Muhammad (SBDL). Pour Pier Pascasio, Sergius qui est peut-être Bahîra, ne fut ni moine, ni ermite, mais un astucieux conducteur de brigands. Pier Pascasio compose tout un roman en se référant aux fables antérieurement composées par les auteurs européens. Bien qu’il prétende avoir eu recours à des sources musulmanes, aucun indice ne prouve cela dans son récit. Pier Pascasio semble avoir une grande imagination, beaucoup de préjugés et de fausses idées sur les musulmans. Il est étonnant que celui-ci ne se soit pas référé aux historiens musulmans alors qu’il vivait parmi les musulmans, dans le cœur même du royaume de Grenade. Il avait pourtant à sa portée toutes sortes de livres, de documents et était entouré d’éminents doctes de l’Islam qui pouvaient l’informer, au moins globalement, sur l’histoire de l’Islam.

Jacopo da Aqui (m. 1337), auteur de Imago mundi (image du monde), présente une nouvelle version de l’histoire de Bahîra. Il prétend que l’affaire de Muhammad (SBDL) vint des chrétiens. Il raconte qu’un clerc chrétien, nommé Nicholas, dit avoir été offensé par l’église de Rome. Il abandonna alors la foi chrétienne et alla outre-mer. Nicholas était un homme malicieux, cultivé, éloquent et de mœurs gracieuses ; il pensait pouvoir parvenir à une haute dignité. Arrivé en Perse, il montra une grande sainteté, et en toutes choses abstinence et chasteté. Dans ces régions, il y avait des chrétiens et des païens. Les chrétiens n’avaient pas beaucoup de prêcheurs alors que le nombre d’hérétiques était important. Nicholas trouva comme collaborateur un homme que le diable lui avait soumis, à savoir un marchand et conducteur de chameaux du nom de Muhammad (SBDL), qui conversait avec tout le monde : chrétiens, juifs ou païens. Muhammad (SBDL) était d’une intelligence subtile, il était lettré et connaissait les coutumes de la région. Nicholas et Muhammad (SBDL) s’unirent et se joignirent à un homme nommé Sergius qui avait été auparavant un moine chrétien. Ils se mirent ensuite d’accord pour former une nouvelle secte contre le christianisme où ils pourraient se livrer à une vie joyeuse. Ils convoquèrent d’abord les descendants d’Agar et expliquèrent à ces grossiers montagnards qu’ils ne voulaient plus qu’on les affilie à Hajar (une esclave), mais à Saracenes, dont la filiation montait à Sârah. Comme Muhammad (SBDL) avait plus de prestance que les deux autres, ils le proclamèrent « Messager de Dieu ». Ces montagnards le considérèrent comme Prophète, d’autant plus qu’il avait mis en œuvre l’astuce de la colombe. Muhammad (SBDL) chercha à plaire aux chrétiens et aux juifs, louant leurs lois et s’aida de ces derniers pour mettre par écrit sa propre loi. Jacob da Aqui finit son récit en racontant comment Muhammad (SBDL) mourut empoisonné, et comment il fut déposé dans une arche qui fut suspendue en l’air. Cette dernière fable fut très répandue en Europe jusqu’au XVIIIème siècle. Bayle, dans son dictionnaire historique et critique, dit à ce sujet qu’une infinité de gens dit et croit que le cercueil de Muhammad (SBDL) est en fer et qu’il se trouve sous une voûte de pierre d’aimant ce qui lui permet de rester suspendu en l’air. Il affirme que cela passe pour un grand miracle pour les partisans de Muhammad (SBDL).

‘Abdurrahman Badawi, Défense de la vie du Prophète Muhammad contre ses détracteurs, collection Islamica dirigée par ‘Abdurrahman Badawi (II), Paris, Editions Afkar, 1990.

TOUS LES ENSEIGNEMENTS DE  ‘Abdurrahmân Badawî

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