Les retraites spirituelles du Prophète (SBDL)

Le Messager de Dieu (SBDL) a trente-sept ans lors de sa première retraite spirituelle dans la grotte de Hirâ’. Cette riche expérience se renouvelle et se répète sur trois années.

Enseignement de Muhammad Al-Ghazâlî
« L’effet de la méditation sur le mental »

Les méditations du Prophète (SBDL) avaient creusé un écart mental important entre lui et son peuple. Il était tel l’astronome à notre époque, face à une communauté qui admet que la Terre est portée par un taureau. Sur le plan psychique, l’athéisme avait mené les gens à nier que Dieu puisse ressusciter les morts. Cet athéisme démesuré suscitait une forte inquiétude chez les hommes vertueux. N’y avait-il pas de lueur d’espoir dans cette obscurité profonde ? La lumière apparut à Hirâ’, où le Prophète (SBDL) entra en communion avec le monde de l’invisible.

Plusieurs siècles auparavant, le désert avait connu un homme à l’expérience similaire. En effet, Moïse avait fui l’Égypte et parcouru le désert en quête de sécurité, de quiétude et de guidée pour lui-même, ainsi que pour son peuple. C’est alors qu’il aperçut un feu qui l’attira. Là-bas, Dieu lui parla en disant :

« En vérité, Je suis Dieu. Il n’y a d’autre dieu que Moi ! Adore-moi donc et accomplis la prière en souvenir de Moi » (s20 : v14)

Une flamme du même feu avait traversé les siècles pour apparaître dans la grotte de Hirâ’, qui abritait un homme s’adonnant au culte de Dieu et se purifiant. Cet homme, qui n’était autre que le Messager de Dieu (SBDL), avait fui corps et âme, les défauts et vilenies du paganisme. Mais cette fois-ci, la flamme n’était pas représentée par un feu attirant l’observateur (Moïse), mais par une lumière qui allait se propager dans le monde à partir d’une révélation bénie. Cette lumière venait briller sur un cœur traversé par l’inspiration divine, la guidée et la sollicitude. C’est ainsi que Muhammad (SBDL) entendit la voix de l’ange Gabriel.

Muhammad Al-GhazâlîFiqh as-sîra (la biographie du Prophète Muhammad), trad. de l’arabe par Rachad Hrazem, revu et corrigé par Abderrazak Mahri, Paris, Editions Maison d’Ennour, 2006.

Enseignement de Muhammad Sa‘îd Ramadân Al-Bûtî
« La retraite spirituelle mène à la perfection de l’âme »

La pratique de la retraite spirituelle est très importante pour les musulmans en général, et les prédicateurs musulmans en particulier. En effet, le croyant n’atteint pas la perfection en se contentant d’accumuler des vertus ou en accomplissant des actes cultuels. S’isoler du monde de temps à autre afin de demander des comptes à son âme est sans nul doute nécessaire pour atteindre la perfection. La retraite spirituelle donne aussi l’occasion de méditer sur la grandeur de Dieu, ainsi que sur les mystères de ce monde. Tout croyant souhaitant connaître l’Islam véritable doit prendre du recul et s’isoler pour se remettre en question et méditer. Il est évident par conséquent, que celui qui appelle les gens à se tourner vers l’Islam et qui joue le rôle de guide spirituel doit nécessairement s’isoler de temps à autre ?! De plus, il faut savoir que certains mauvais caractères ne se corrigent que par l’isolement, comme la vanité, l’arrogance, la jalousie, l’hypocrisie et l’amour des biens terrestres. Ces mauvais caractères pourrissent le cœur du musulman en venant s’installer au plus profond de son âme. Nous voyons ainsi l’homme pieux ou le prédicateur, rongé et perturbé par un mal invisible. L’isolement permet à l’homme de prendre conscience de qui il est véritablement, de ses faiblesses et de son besoin perpétuel de s’appuyer sur Dieu pour persévérer dans son cheminement. L’isolement lui permet aussi de prendre conscience de la puissance de Dieu, de Son pouvoir à châtier les hommes le jour du Jugement dernier, et de percevoir au-delà de tout cela Sa clémence. Ce retour sur soi, cette prise de conscience dans l’isolement purifie l’âme et la fortifie de sorte qu’elle ne puisse plus céder aux tentations du monde.

Les musulmans en général, ainsi que les prédicateurs, se soucient énormément de faire sans cesse grandir dans leur cœur l’amour de Dieu. Il en est ainsi, car cet amour est la force dans laquelle ils puisent lors de leurs sacrifices, leurs combats et toute autre mission sincère et authentique. L’amour vrai de Dieu n’est pas la foi en Lui de façon rationnelle, car la rationalité n’agit pas sur les émotions et les cœurs. S’il en était ainsi, les orientalistes seraient les premiers à croire en Dieu et en Son Prophète (SBDL). D’ailleurs, a-t-on déjà vu un savant sacrifier sa vie pour un théorème géométrique ou une règle algébrique ? Le moyen de faire croître l’amour de Dieu dans le cœur du croyant est de méditer régulièrement sur Sa bonté, Sa générosité, Sa puissance, Sa grandeur, et d’avoir le nom de Dieu constamment présent sur la langue et dans le cœur. Cette méditation ne peut s’accomplir que dans la solitude, loin du tumulte de ce bas monde et de façon régulière. En agissant de la sorte, le croyant voit croître en son cœur un profond amour pour Dieu, un amour qui lui donne la force d’affronter et de vaincre les plus lourdes épreuves de ce monde. Cet amour lui permet aussi de résister aux plus fortes tentations, de minimiser les difficultés et les souffrances et de garder la tête haute dans les situations les plus humiliantes. Il faut aussi savoir que l’amour de Dieu est l’arme par excellence de tous les prédicateurs. Par conséquent, le Prophète Muhammad (SBDL) était doté d’un amour sans faille, dont il avait besoin pour la réussite de sa mission. Il faut savoir que les « expressions émotionnelles » telles que la crainte, l’amour et l’espérance agissent autrement que la raison et la compréhension. Al-Shâtibî explique d’ailleurs très bien que la plupart des musulmans suivent les enseignements de l’Islam à la lettre (avec raison et compréhension) sans en pénétrer l’esprit, et que les proches de Dieu suivent les mêmes enseignements par la crainte et le cœur. La seconde catégorie de croyants étant, bien entendu, la meilleure.

Celui qui aime, fait tout ce qui est en son pouvoir pour l’être aimé ; il réussit à aplanir toutes les difficultés et réalise ce qui lui semblait hors d’atteinte au départ. Il épuise toutes ses forces, en croyant toujours n’avoir pas assez fait pour prouver son amour et son immense gratitude. Les musulmans s’accordent sur la nécessité d’acquérir ces « expressions émotionnelles » en travaillant la spiritualité et l’éducation de l’âme. C’est dans cet état d’esprit que le Prophète (SBDL) s’isolait dans la grotte de Hirâ’.

Enfin, certaines personnes pensent que la retraite spirituelle implique la nécessité de s’éloigner des hommes en prenant, pour refuge les montagnes et les grottes. Cette position est en parfaite contradiction avec la conduite du Prophète (SBDL) et de ses compagnons. En fait, il faut considérer l’isolement comme étant un remède capable de guérir un mal. Ce « médicament » doit être pris par doses bien déterminées et en cas de besoin seulement, car sinon, il devient nocif pour l’individu. Si certaines rares personnes ont prolongé démesurément leur retraite, elles constituent des cas isolés que nous ne devons pas prendre pour exemple.

Muhammad Sa‘îd Ramadân Al-BûtîFiqh al-sîra (étude scientifique de la biographie du Prophète), trad. de l’arabe par Z. Diab, revu par Fawzi Chaaban, Beyrouth, Dâr al-fikr, 1995.

Enseignement de Wahidudin Khan
« Les particularités du désert »

Le Prophète (SBDL) implorait le Créateur des Cieux et de la Terre de lui donner des réponses aux questions qui hantaient son esprit. Quel est le sens de notre vie ? Étant Ses serviteurs, que veut de nous notre Seigneur ? D’où venons-nous et où allons-nous après notre mort ? Incapable de trouver des réponses à ces questions chez les hommes, il se retira dans le désert ; peut-être y trouverait-il des réponses ?

Dans son livre intitulé : « Le Prophète de l’Islam », l’orientaliste roumain Konstan Virgil (né en 1916) écrit :

« Tant que l’on n’a pas passé une partie de sa vie dans les étendues du désert d’Arabie et du Moyen-Orient, on ne peut comprendre à quel point l’immensité et la tranquillité du désert développent l’intellect humain et fortifient l’imagination. Il y a une grande différence entre les plantes arabes et européennes. Il n’y a pas une seule plante dans les étendues arides du désert qui n’exhale un doux parfum ; même les acacias de cette terre sont aromatiques. Le désert s’étend sur 3 000 000 km2. L’homme ressent profondément qu’il est en contact direct avec Dieu. Il n’y a rien qui puisse empêcher la vision de la réalité sur les vastes étendues ouvertes de l’Arabie. Où que l’on regarde, on aperçoit un désert de sable interminable et un désert céleste sans limites. Là, il n’y a rien pour empêcher le dialogue avec Dieu et Ses anges. »

Mawlana Wahidudin KHAN, Mohammad un Prophète pour l’humanité, trad. de l’anglais par Abd el-Kaoui Derouiche, Paris, Editions al-Azhar, 2008.

Enseignements par Savant et Intellectuel

Abdelrahman Badawi Alî Muhammad Al-Sallâbî Muhammad Al-Ghazâlî Muhammad Sa‘îd Ramadân Al-Bûtî Mustafa Sibâ'î Tariq Ramadan Wahidudin Khan

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