La Mecque avant le début de la prophétie

10 sec : les tentes que nous observons sont celles des Arabes bédouins idolâtres venus des quatre coins de la péninsule arabique pour accomplir le pèlerinage. Depuis l’époque d’Abraham, qui a institué le pèlerinage, ce culte a subi plusieurs altérations. Chaque contingent des tribus venant au pèlerinage a des formules de prière différentes. Il arrive souvent que les pèlerins tournent nus autour du temple sacré. En guise de prière, il leur arrive aussi de siffler et de taper des mains. Dans l’accomplissement des rites, les Qurayshites (habitants de la Mecque), pour se distinguer des autres tribus arabes, se sont donnés des privilèges.

31 sec : la grande foire dont il est question semble être celle de ‘Ukâdh. Dans le voisinage de la Mecque, il y a quatre foires annuelles : Minâ, Majannah, Dhu al-Majâz et ‘Ukâdh qui est la plus importante et la plus connue de l’époque. Ces quatre noms désignent des lieux se trouvant dans la périphérie mecquoise. Les minutes qui vont suivre suggèrent que la foire de ‘Ukâdh a lieu près du temps sacré (ka‘ba), en plein centre de ville de la Mecque, alors que celle-ci semble plutôt avoir lieu dans la périphérie de la cité.

1 min 5 sec : les costumes et décors observés pendant cette première minute sont vraiment magnifiques et font tout le charme de ce long métrage.

1 min 53 sec : l’esclave africain que nous voyons dans cette scène se nomme Bilâl ; il est originaire d’Abyssinie (Ethiopie). A cette époque, l’esclavage n’est pas un phénomène spécifiquement arabe, mais se trouve répandu dans le monde entier et dans toutes les civilisations. Qu’en est-il de l’Islam et de l’esclavage ? La première chose qu’il faut souligner est que les musulmans vont hériter de cette institution, et non l’inventer. Les textes mettent en évidence la finalité suivante : l’Islam vient libérer les hommes et non les soumettre. Les recommandations du Coran vont donc dans ce sens, mais de façon très pédagogique et progressive, car l’abolition de l’esclavage ne doit surtout pas fragiliser la société, ni l’émancipation des esclaves. Pour encourager les croyants à libérer leurs esclaves, Dieu dit par exemple :

« Etablissez un contrat d’affranchissement en faveur de ceux de vos esclaves qui en expriment le désir, si vous les en jugez dignes. Faites-les bénéficier d’une part des biens dont le Seigneur vous a gratifiés » (24 : 33).

Dans la société païenne de l’époque, l’esclave est considéré comme un objet sans âme, qu’on peut acheter, vendre et battre. Moustapha Akkad nous le fait comprendre à travers ce coup de martinet donné par Umayya b. Khalaf à Bilâl qui commet une faute grave en ne protégeant pas son maître du soleil le temps d’un instant. L’Islam vient réformer cette idéologie immorale et apporte des lois spécifiques aux esclaves afin qu’ils puissent s’émanciper. Soulignons enfin qu’en Arabie, on parle d’ « esclavage » et non de la « traite négrière » qui est un sujet très différent. Si cette précision est à souligner, c’est parce que le fait de voir un esclave de couleur noir dans cette scène, un second dans la minute 2,06, puis un troisième à la minute 3,52, peut porter à confusion. Remarquons toutefois que le réalisateur du film reste précis puisqu’il nous montre un esclave de couleur blanche en minute 1,23. Si l’on ne focalise plus sur l’esclave noir dans le début de ce long métrage, c’est simplement pour mettre en évidence Bilâl qui est un personnage héroïque du film. Quant aux sujets de l’esclavage et des questions juridiques qui sont liées, ils sont largement détaillés dans les ouvrages de droit musulman.

2 min 2 sec : il s’agit d’Abû Sufyân b. Harb qui entame une discussion avec Umayya b. Khalaf. Si le personnage d’Abû Sufyân est autant mis en avant tout le long du film, c’est parce qu’il joue le rôle du chef des « méchants ». Notons toutefois que lorsqu’on se réfère aux ouvrages de Sîra, on remarque qu’Abû Sufyân ne joue absolument aucun rôle durant les trois quart de la prophétie. A vrai dire, la personne d’Abû Sufyân n’est pas citée une seule fois avant la bataille de Badr. Ce n’est qu’à cette occasion qu’on le découvre. Qui sont donc les notables de la Mecque tant hostiles à l’Islam ? Nous pouvons citer les noms suivants : Abû Jahl, Abû Lahab, Umayya b. Khalaf, al-Walîd b. al-Mughîra, ‘Uqba b. AbîMu‘ayth, ‘Utba et Shayba. Ce n’est qu’après leur mort au cours de la bataille de Badr, qu’Abû Sufyân et les fils des notables prennent la relève dans la société mecquoise. Ils deviennent les nouveaux ennemis du Prophète (SBDL) avant de finir par embrasser l’Islam.

2 min 15 sec : cette scène est vraiment très intéressante, car elle nous montre la prospérité dans laquelle se trouve la Mecque grâce au culte des idoles. Lors du pèlerinage, les Arabes des quatre coins de la péninsule se rendaient à la Mecque pour adorer leurs divinités. On parle de 360 idoles vénérées dans la cité, à qui on accordait des offrandes, et pour qui des bêtes étaient immolées. On comprend pourquoi le marché de ‘Ukâdh était des plus rentables pour les Qurayshites. Nous comprenons aussi pourquoi le message du Prophète (SBDL) fut combattu par les riches notables de la Mecque. Ces derniers s’enrichissaient grâce à la multitude de divinités, alors que le Messager de Dieu (SBDL) appelait à l’adoration d’un Dieu unique, ce qui mettait en péril les intérêts de l’oligarchie mecquoise.

2 min 36 sec : effectivement, les Mecquois, et plus généralement les Arabes, sont généreux. Ils rivalisent dans le domaine de l’hospitalité et s’en enorgueillissent. Ils n’hésitent pas à sacrifier leurs propres biens au profit d’un hôte affamé ou transi de froid. Afin de survivre dans le désert et de gagner le respect des autres tribus, les Arabes se doivent d’être hospitaliers. Les Mecquois sont particulièrement raffinés, grâce, sans doute, à leurs voyages à l’étranger, mais aussi au contact des étrangers qu’ils voient passer à la Mecque lors du pèlerinage. Toutefois, cette hospitalité n’est pas accordée aux plus démunis, car selon l’idéologie mecquoise, ces derniers sont considérés comme des êtres abandonnés et rejetés par les dieux. Le professeur Hamidullah dit :

« L’Islam n’a eu qu’à polir leurs qualités et qu’à leur donner un idéal à accomplir, tout en réformant leurs vices. »

2 min 50 sec : il y a de nombreux poètes en Arabie à l’époque du Prophète (SBDL). Ils font l’éloge des uns, dénigrent les autres, et leurs paroles peuvent même parfois provoquer des conflits tribaux. Une grande partie de leur poésie est toutefois consacrée aux mérites et à la noblesse d’âme. Dans un hadith rapporté par al-Bukhârî, le Prophète (SBDL) dit :

« Il y a des vers pleins de sagesse (hikma), et dans l’art oratoire, il y a une magie. »

Le Prophète (SBDL) a lui aussi ses poètes, dont le plus célèbre se nomme Hassân b. Thâbit. Ils sont ses porte-paroles et défendent la cause de l’Islam par leur poésie. Le Messager de Dieu (SBDL) est en admiration devant les poètes, même non musulmans, lorsque leur poésie est en accord avec l’éthique révélée par Dieu. Par contre, il déteste la poésie remplie d’obscénités et qui peut nuire aux hommes. C’est pourquoi il maudit un jour le célèbre poète arabe Imru al-Qays, selon ce qui nous est rapporté par l’imam Ahmad.

4 min : cette femme est Hind, la fille de ‘Utba. Elle est présentée par Moustapha Akkad comme un personnage central de la Mecque. Pourtant, selon les ouvrages de Sîra, elle ne joue pas un rôle particulier à l’époque du Prophète (SBDL), si ce n’est d’encourager les idolâtres à combattre ce dernier, suite à la mort de son père lors de la bataille de Badr. Les ouvrages de Sîra soulignent essentiellement sa haine contre l’oncle du Prophète (SBDL), Hamza, dont elle mâchera le foie à la fin de la bataille d’Uhud. Si Moustapha Akkad lui donne autant d’importance, c’est pour faire d’elle la « méchante » du film, ce qui tombe plutôt bien, car elle est l’épouse d’Abû Sufyân.

4 min 11 sec : les femmes esclaves (les servantes) ne semblent pas porter de voile sur la tête à l’époque préislamique. Il en est de même avec l’Islam, puisque leur statut social est différent de celui des femmes libres, bien qu’elles soient toutes égales sur le plan spirituel, c’est-à-dire devant Dieu. Ceci s’explique par le fait que la femme esclave doit effectuer des tâches ardues qui nécessitent une certaine souplesse vestimentaire. On remarque une autre différence importante entre la femme libre et la femme esclave sur la question de l’application des peines légales (hudûd) en cas de transgression. Elles sont moins sévères pour les esclaves du fait de leur fonction et de leur mixité.

4 min 40 sec : ces deux personnages semblent être Abû Lahab (oncle du Prophète ‘SBDL’) et son épouse Umm Jamîl, qui est la sœur d’Abû Sufyân dont nous avons parlé à la minute 2,02. Cette scène nous montre Abû Lahab prendre quelques biens au chef d’un groupe d’arabes venu honorer les dieux, en expliquant que le culte des idoles exige une telle aumône. De quoi s’agit-il ? Il semble s’agir de la « rafâda (taxe annuelle) », que les habitants de la Mecque se doivent de payer chaque année, lors de la saison du pèlerinage. Le problème est que le film montre plutôt, dans ce passage, un groupe d’étrangers offrir ses biens ! Ceci ne me semble pas refléter l’hospitalité mecquoise tant connue, et dont nous avons parlé à la minute 2,36. Concernant la « rafâda », elle a été instituée à la Mecque par le 5ème ascendant du Prophète (SBDL) nommé Qusayy. Ce dernier est connu pour avoir transformé la Mecque en cité. A l’époque de la prophétie, c’est le clan du Messager de Dieu (les Banî Hâshim) qui gère la « rafâda » mais aussi la « siqâya », qui consiste à approvisionner les pèlerins en eau. Par conséquent, voir Abû Lahab exiger cette taxe est tout à fait normal, puisqu’il est un des notables des Banî Hâshim. Toutefois, soulignons qu’Abû Lahab ne possède pas les clés du temple sacré et qu’il ne s’occupe pas de son entretien, car ce privilège est réservé au clan des Banî‘Abd al-Dâr.

Enfin, nous constatons qu’Abû Lahab n’est pas assez mis en avant dans le long métrage, contrairement à Abû Jahl, Umayya et ‘Utba, alors qu’il fait partie des plus grands opposants du Messager de Dieu (SBDL). C’est d’ailleurs contre lui et son épouse que Dieu révèle la sourate 111 du Coran (al-Masad). Abû Lahab est alors le seul adversaire du Prophète (SBDL) cité nominalement par le Coran.

4 min 58 sec : cette scène met en évidence une peur soudaine ressentie par le bédouin et par Abû Lahab. Quelle est l’origine de cette panique ? Celle de l’étranger vient du fait que le visage du Prophète (SBDL) dégage une telle sincérité et une telle honnêteté, que le faux (bâtil) dissimulé dans la poitrine de l’homme vient le perturber et le troubler. Quant à la peur d’Abû Lahab, elle vient du fait que l’intégrité que dégage le Prophète (SBDL) vient perturber les affaires économiques de la cité en pleine saison du pèlerinage.

Dans cette scène, nous observons aussi que la délégation se présentant devant le temple sacrée adore une idole qui ressemble à un étrange vautour empaillé. Il s’agit ici de comprendre le haut degré d’absurdité atteint par les idolâtres et le besoin d’envoyer un Prophète pour guider les hommes.

5 min 12 sec : A cette époque, le Messager de Dieu (SBDL) a 40 ans et se rend depuis 3 ans à la grotte de Hirâ’ (durant le mois du Ramadan) afin de méditer sur l’univers et sur la puissance créatrice. Moustapha Akkad s’oriente donc directement vers la première révélation afin de ne pas sortir de son objectif : faire connaître les valeurs de l’Islam au monde occidentale. Pour notre réalisateur, il est préférable de ne pas s’attarder sur l’enfance ou l’adolescence du Messager de Dieu (SBDL) bien qu’il y ait eu des évènements importants comme le pacte d’al-fudûl ou la rénovation du temple sacré (ka‘ba).

5 min 19 sec : il s’agit de prêtres que les fidèles considéraient compétents pour interpréter les réponses provenant des dieux. A ce sujet, Maurice Gaudefroy-Demombynes dit :

« Les prêtres étaient les interprètes du dieu pour répondre aux questions des fidèles, pour prononcer des oracles et pour dire le sort. On connaît les sept flèches sans pointes, dites azlâm ou qidâh, que le prêtre de Hubal savait consulter pour le fidèle qui venait offrir un sacrifice à sa statue et verser le sang dans le ghabghab».

5 min 42 sec : Moustapha Akkad souligne ici que les Arabes de l’époque sont fermement attachés à l’idolâtrie et que leurs principales idoles sont : al-‘Uzza, Manât, al-Lât et Hubal. Les trois premières déesses citées (hors Hubal) sont considérées comme des filles de Dieu et ont des sanctuaires propres à elles, dans d’autres villages de la péninsule arabique. Toutefois, il est possible que des copies de ces trois déesses aient été reproduites et déposées à l’intérieur du temple sacré, comme on peut l’observer dans le long métrage. Au sujet de ces trois déesses, Dieu dit :

« Ils attribuent des filles à Dieu. Qu’Il soit exalté ! Et à eux-mêmes ils attribuent ce qu’ils désirent » (16 : 57).

Dans la sourate « al-Najm (L’étoile) », Dieu les cite nominalement en disant :

« Que pensez-vous cependant d’al-Lât, d’al-‘Uzza et de Manât, cette autre troisième divinité ? Auriez-vous ainsi des enfants mâles ; et Dieu, seulement des filles ? » (53 : 20-22).

Pour ce qui est des détails, al-Lât, dont le nom signifie « la déesse », se trouve à Tâ’if (à environ 70 kms de la Mecque). Elle est plus récente que Manât. Ibn al-Kalbî affirme qu’elle a la forme d’une pierre carrée sur laquelle un temple a été construit. Les Mecquois, ainsi que l’ensemble des Arabes, vénèrent cette déesse ; elle est anéantie par Khâlid b. al-Walîd et ses hommes, en l’an 9 de l’hégire, suite à la conversion de Thaqîf, c’est-à-dire, des habitants de Tâ’if. On rapporte qu’al-Mughîra b. Shu‘ba se tint devant les pieds de l’idole, la pioche à la main, et s’exclame :

« Par Dieu, vous allez rire de l’ignorance de Thaqîf. »

Il frappe l’idole et fait semblant de tomber évanoui. Les Thaqîf tremblent en le voyant s’effondrer et ils disent :

« Que Dieu anéantisse al-Mughîra. La déesse l’a tué. »

En entendant ces paroles, al-Mughîra se redresse d’un bond et dit :

« Que Dieu vous couvre de honte. Al-Lât n’est rien d’autre qu’un amas de terre et de pierres. »

Al-Mughîra détruit ensuite l’idole avec Khâlid b. al-Walid et ses hommes.

Al-‘Uzza, dont le nom signifie « la très puissante » est la déesse la plus respectée par les Mecquois et les Banî Kinâna. Elle est plus récente qu’al-Lât et Manât. Son temple se trouve à Nakhla, non loin de la Mecque et de Tâ’if. Au mois du Ramadan de l’an 8 de l’hégire, suite à la prise de la Mecque, le Messager de Dieu (SBDL) envoie Khâlid b. al-Walîd avec 30 cavaliers à Nakhla, pour détruire cette divinité de pierre. A son retour, le Prophète (SBDL) lui demande s’il a vu quelque chose de particulier là-bas, et Khâlid répond par la négative. Le Prophète (SBDL) le renvoie alors à Nakhla. Cette fois-ci, Khâlid remarque la présence d’une femme noire, nue, et aux cheveux arrachés. Khâlid la frappe de son épée. De retour auprès du Prophète (SBDL), ce dernier lui confirme que désormais sa mission est accomplie.

Manât est la déesse du destin et se trouve sur la côte littorale, à Qudayd à mi chemin entre la Mecque et Médine. Cette déesse est adorée par les Arabes, en particulier par les Médinois. Au mois du Ramadan de l’an 8 de l’hégire, suite à la libération de la Mecque, le Messager de Dieu (SBDL) envoie Sa‘d b. Zayd al-Ashhalî à la tête de 20 cavaliers pour détruire le temple de Manât. Là encore, une femme noire, nue et à la chevelure ébouriffée, apparait en proférant des imprécations et en se frappant la poitrine. Sa‘d la tue et détruit l’idole.

Quant à Hubal, elle est la première idole dressée à la Mecque. On rapporte qu’un notable de la cité du nom de ‘Âmir b. Luhayy partit en Syrie pour quelques affaires. Arrivé à Ma’âb, il trouva des gens qui adoraient des idoles. Il leur dit :

« Qu’est-ce que ces idoles que je vous vois adorer ? »

Ils répondirent :

« Ce sont des idoles que nous adorons : nous les prions de faire tomber la pluie, et nous avons de la pluie ; nous les prions pour que nous vainquions l’ennemi, et ils nous procurent la victoire. »

Il leur dit :

« Voulez-vous m’en donner une, pour l’emporter avec moi au pays des Arabes afin qu’ils l’adorent ? »

Alors ils lui donnèrent une idole, qui s’appelait Hubal. Il revint à la Mecque avec cette idole, la dressa, et ordonna aux gens de l’adorer et de la respecter. Dans un hadith rapporté par al-Bukhârî, le Prophète (SBSL) dit à son sujet :

« J’ai vu ‘Âmir b. Luhayy traîner ses intestins en Enfer. Je l’ai interrogé au sujet de ceux qui se succédaient entre lui et moi ; alors il répondit : ‘Ils furent tous damnés’. »

Dans une autre version, le Prophète (SBDL) ajoute :

« Ce fut le premier à changer la religion d’Ismaël en dressant des idoles ».

5 min 50 sec : la première révélation n’ayant pas encore eu lieu, le Prophète (SBDL) n’a encore défié aucun dieu. Il condamne publiquement l’idolâtrie à l’âge de 43 ans, au début de la prédication dite « publique ».

Nos commentaires du film « Le Message »