Le message du Prophète (SBDL) à l’humanité

10 sec : ces trois cavaliers sont des émissaires expérimentés envoyés vers la fin de la 6ème année de l’hégire aux gouverneurs et aux monarques environnant la péninsule arabique afin de les inviter à embrasser l’Islam. Ils furent envoyés après la signature du traité de Hudaybiyya qui offrait une légitimité politique et une reconnaissance religieuse des musulmans aux yeux des Arabes et des puissances étrangères. Depuis la signature de ce traité de paix, le Prophète (SBDL) n’était plus considéré comme étant un rebelle mais bien le chef d’un Etat dont la capitale était Médine.

Soulignons que les ouvrages d’histoire ne parlent pas de trois émissaires mais de huit :

  1. ‘Amr b. Umayya AdDamrî envoyé au Négus d’Abyssinie (l’Ethiopie).
  2. Hâtib b. Abî Balta‘a envoyé au Muqawqis, gouverneur d’Egypte et d’Alexandrie.
  3. ‘Abdallâh b. Hudhâfa Al-Sahmî envoyé à Chosroes, le souverain des perses.
  4. Dihya b. Khalîfa Al-Kalbî envoyé à Héraclius, le souverain byzantin.
  5. Al-‘Alâ’ b. Al-Hadramî envoyé à Al-Mundhir b. Sâwî, le gouverneur du Bahrayn.
  6. Sulayt ‘Amr Al-‘Âmirî envoyé à Hawdha b. ‘Alî, le gouverneur d’Al-Yamâma.
  7. Shujâ‘ b. Wahb envoyé à Al-Hârith b. Abî Shamir Al-Ghassânî, le gouverneur de Damas.
  8. ‘Amr b. Abî Al-‘Âs envoyé au roi d’Oman Jayfar.

2 min 25 sec : selon Hamidullah, la lettre disait :

« Par le nom de Dieu, le Très Miséricordieux, le Tout Miséricordieux. De Muhammad, esclave de Dieu et Son Envoyé, à Héraclius, grand chef des Rûm. Paix à qui suit la vraie voie ! J’ajoute que je t’appelle de tout l’appel de l’Islam : soumets-toi (à l’Islam) et tu seras sauf. Soumets-toi et Dieu te dispensera double mérite. Mais si tu te dérobes, le crime des paysans (tes sujets) retombera sur toi. Et (vous), ô gens du Livre, venez-en à un dire qui soit commun entre nous et vous : que nous n’adorions que Dieu, sans rien Lui associer, et que parmi nous nul n’en prenne d’autres pour Seigneur en dehors de Dieu. Puis s’ils tournent le dos, eh bien, dites : ‘Soyez témoins que, certes, c’est nous qui sommes les Soumis (à Dieu, muslimûn)’. Le sceau : Muhammad Rasûl Allâh. »

3 min 02 sec : selon Hamidullah, la lettre disait :

« Par le nom de Dieu le Très Miséricordieux, le Tout Miséricordieux. De Muhammad, esclave de Dieu et Son Messager, à Al-Muqawqis grand-chef des Coptes. La paix soit sur qui suit la vraie voie ! Or, je t’appelle de tout l’appel de l’Islam. Embrasse l’Islam et tu seras sauf, et Dieu te dispensera double mérite ; mais si tu te dérobes, c’est sur toi que retombera le crime de tous les coptes. ‘Ô gens du Livre, venez-en à un dire qui soit commun entre nous et vous : que nous n’adorions que Dieu, sans rien Lui associer, et que parmi nous nul n’en prenne d’autres pour Seigneur en dehors de Dieu. Puis s’ils tournent le dos, eh bien, dites : ‘Soyez témoins que, certes, c’est nous qui sommes les soumis (à Dieu, muslimûn)’. Le sceau : Muhammad Rasûl Allâh. »

Après avoir écouté Hâtib b. Abî Balta‘a, le roi prit le parchemin et ordonna qu’il soit conservé à l’intérieur d’un coffret en ivoire. Il fit ensuite venir un scribe et lui dicta :

« Au Nom de Dieu, le Miséricordieux par essence et par excellence. D’Al-Muqawqas, grand-chef des Coptes, à Muhammad fils de ‘Abdullâh. Que la paix soit sur vous. J’ai lu votre lettre et j’ai compris son contenu, notamment l’objet de votre appel. Je savais qu’un Prophète devait être suscité, mais je pensais qu’il apparaîtrait en Syrie. J’ai rendu hommage à votre messager, et je vous envoie deux jeunes filles, qui sont de familles coptes nobles, ainsi que des vêtements et une mule comme monture. Que la paix soit sur vous. »

Le roi d’Egypte n’embrassa pas l’Islam. Le Prophète (que la paix et le salut de Dieu soient sur lui) garda pour lui Mâriya avec qui il eut un fils : Ibrâhîm. Quant à la seconde fille, qui s’appelait Sirîn, elle fut offerte à Hassân b. Thâbit.

3 min 48 sec : après avoir lu attentivement la lettre, Héraclius convoqua à sa cour Abû Sufyân et ses compagnons qui se trouvaient alors en Syrie pour le commerce. L’empereur demanda :

« Lequel d’entre vous est le parent le plus proche de l’homme qui prétend être un Prophète ? »

Abû Sufyân répondit :

« Dans ce groupe, c’est moi son plus proche parent. »

Héraclius appela alors son interprète et lui dit :

« Dis-leur que je vais lui demander des détails à propos de cet homme qui prétend être un Prophète. Ainsi, s’il [Abû Sufyân] ment, ils [ses compagnons] devront le contredire. »

Plus tard, Abû Sufyân avouera :

« Par Dieu ! Si je n’avais pas eu honte que mes compagnons me considèrent comme un menteur, j’aurais effectivement dit des mensonges. »

C’est alors que l’empereur byzantin interrogea :

« Quel rang sa famille occupe-t-elle parmi vous ? »

A.B : « Elle jouit d’une grande considération. »

H : « Quelqu’un parmi vous, a-t-il déjà tenu avant lui de semblables propos ? »

A.B : « Non. »

H : « Quelqu’un de ses ancêtres a-t-il régné ? »

A.B : « Non. »

H : « Ses partisans se recrutent-ils dans les hautes classes ou parmi les humbles ? »

A.B : « Parmi les humbles. »

H : « Leur nombre augmente-t-il ou va-t-il en décroissant ? »

A.B : « Il augmente. »

H : « En est-il parmi eux qui après avoir adopté sa religion la prennent en aversion et apostasient ? »

A.B : « Non. »

H : « Le soupçonniez-vous de mensonge avant qu’il ne tînt les discours qu’il tient aujourd’hui ? »

A.B : « Non. »

H : « Trahit-il ses engagements ? »

A.B : « Non ; mais nous avons conclu une trêve avec lui en ce moment et nous ignorons comment il se conduira au cours de cette trêve. »

H : « Avez-vous été en guerre contre lui ? »

A.B : « Oui. »

H : « Quelle a été l’issue des combats livrés ? »

A.B : « La guerre entre nous a eu des alternatives ; tantôt c’est lui qui l’a emporté sur nous, tantôt c’est nous qui l’avons emporté sur lui. »

H : « Et que vous ordonne-t-il donc ? »

A.B : « Il nous dit de n’adorer que Dieu Seul, de ne lui associer aucun être, et de renoncer aux croyances de nos pères. Il nous ordonne de prier, d’être de bonne foi, d’avoir des mœurs pures et de respecter nos liens de parenté. »

H : « Je t’ai interrogé sur sa famille et tu m’as répondu qu’il était de bonne naissance. Or les Envoyés de Dieu ont toujours été choisis parmi les plus nobles du peuple chez lequel ils devaient remplir leur mission. Je t’ai demandé si quelqu’un parmi vous avait tenu semblables discours, et tu m’as répondu que non. Alors en moi-même j’ai pensé que si tel avait été le cas cela me pousserait à croire que cet homme aspire au trône de ses aïeuls. Je t’ai demandé si, avant qu’il vous tînt ses discours, vous le soupçonniez d’être un menteur et tu m’as répondu que non. J’ai compris par là que s’il n’était pas homme à mentir à l’égard de ses semblables il ne pouvait mentir à l’égard de Dieu. Je t’ai demandé si ses partisans se recrutaient parmi les grands ou parmi les humbles et tu m’as répondu que c’était parmi les humbles. Or c’est toujours eux qui forment les partisans des Prophètes. Je t’ai demandé si le nombre de ses partisans augmentait ou diminuait et tu m’as répondu qu’il allait en augmentant. Or c’est bien là le propre de la foi de croître jusqu’à son complet développement. Je t’ai demandé si quelques-uns d’entre eux après avoir embrassé la foi s’en détournèrent avec horreur et la renièrent et tu m’as répondu que non. Et c’est bien ainsi qu’agit la foi quand sa grâce pénètre les cœurs. Je t’ai demandé si cet homme manquait à ses engagements et tu m’as répondu que non. Il en est ainsi des Prophètes, ils ne trahissent point. Je t’ai demandé ce qu’il vous ordonnait et tu m’as répondu qu’il vous ordonnait d’adorer Dieu, de ne rien Lui associer, qu’il vous défendait d’adorer les idoles, qu’il vous prescrivait la prière, la sincérité, et la pureté des mœurs. Si ce que tu dis est donc vrai, cet homme conquerra cet endroit même que foulent mes deux pieds. Je savais d’ailleurs que cet homme allait bientôt paraître, mais je ne supposais pas qu’il s’agirait de l’un d’entre vous. Quant à moi, si je savais pouvoir parvenir jusqu’à lui, je m’efforcerais par tous les moyens d’aller le retrouver et dès que je serais auprès de lui je laverais ses pieds. »

Après cette discussion avec Héraclius, Abû Sufyân se retira et dit à ses compagnons :

« Il faut que les affaires du fils d’Abû Kabsha (c’est-à-dire Muhammad ‘SBDL’) aient pris de l’importance pour que le prince des Byzantins le redoute. »

Héraclius ne se convertit pas par peur de l’hostilité de son peuple.

4 min : ce début de film semble avoir pour objectif de valoriser le titre de l’œuvre : « Le Message ». L’idée est pertinente et souligne avec beaucoup de justesse le véritable rôle joué par Muhammad (SBDL) puisqu’il était le « Messager » de Dieu pour tous les hommes. Moustapha Akkad montre trois cavaliers qui portent le message puis qui se séparent. L’un se dirige vers le Nord, l’autre vers l’est et le troisième vers l’ouest. Sans doute voulait-il montrer par cette scène que le ‘message’ n’était pas dédié aux arabes seulement mais à l’ensemble de l’humanité. Cette introduction me semble en parfaite harmonie avec la pensée du réalisateur Moustapha Akkad qui avait, rappelons-le, le désir de présenter l’Islam et son éthique à l’occident. Son œuvre cinématographique sans précédent confirme sa réussite.

4 min 45 sec : il est souligné que ce long-métrage est fidèle à l’Islam et qu’il a été validé par les historiens musulmans de l’université d’Al-Azhar et par ceux de la haute autorité shiite du Liban. Une lecture superficielle de la Sîra nous fait pourtant constater qu’il y a de nombreuses imprécisions dans le film et que d’importants évènements de la biographie du Prophète (SBDL) n’y sont pas même mentionnés. A mon sens, trois raisons font que les inexactitudes sont incontournables :

  1. Le respect voué à la personne du Prophète (SBDL) que l’on ne peut représenter physiquement. Moustapha Akkad ne peut donc le représenter ni le faire parler, ce qui est un véritable handicap pour tourner un long-métrage retraçant les pas du Messager de Dieu (SBDL). Pour résoudre ce problème, le réalisateur fait de Zayd b. Hâritha le porte-parole du Messager de Dieu (SBDL) durant la première moitié du film avant de le faire disparaître subitement alors qu’il est tombé martyr lors de la bataille de Mu’ta. Les ouvrages de Sîra ne font pourtant pas de Zayd un représentant officiel de l’Islam comme le laisse suggérer le film. Une étude approfondie de la biographie du Prophète (SBDL) montre plutôt que ce dernier avait de multiples porte-paroles qui variaient selon les occasions et les contextes. Parmi eux, nous pouvons citer ‘Umar b. Al-Khattâb (à la fin de la bataille d’Uhud), ‘Uthmân b. ‘Affân (à Hudaybiyya) et le poète du Messager de Dieu (SBDL) Hassân b. Thâbit (face à Tamîm l’année des délégations).
  2. La durée d’un long-métrage. Pour ne pas faire un film excessivement long, Moustapha Akkad se trouve obligé de ne pas aborder plusieurs évènements, pourtant important, de la Sîra comme la bataille des coalisés, celle de Mu’ta ou celle de Khaybar. On ne pourra le critiquer à ce sujet puisque son objectif (présenter l’Islam et son éthique à l’occident) peut être atteint sans s’arrêter nécessairement sur tous les évènements historiques. Se concentrer sur l’aspect historique l’aurait nécessairement amené à faire une trilogie, ce qu’il ne prétendait pas viser. Il ne faut pas tomber dans l’erreur de penser que le réalisateur souhaitait présenter un film dont l’aspect historique était complet et détaillé. Si tel était son objectif, nous pourrions alors affirmer sans problème que son film est un échec.
  3. Moustapha Akkad semble vouloir présenter un film qui soit aussi bien accepté par les sunnites que par les chiites. La volonté du réalisateur d’avoir l’aval de l’université d’Al-Azhar et de la haute autorité shiite du Liban le prouve. La question qui mérite d’être posée ici est la suivante : comment faire un film conciliant la pensée chiite et la pensée sunnite sur la Sîra malgré leurs différences dogmatiques et leurs désaccords sur les faits historiques ? En analysant le long-métrage, on remarque que la solution trouvée et exécutée par le réalisateur est de rester parfois dans l’ambiguïté et de ne pas s’arrêter sur les faits pouvant créer de la polémique (comme l’imamat d’Abû Bakr durant la maladie du Prophète ‘SBDL’). Pour mieux comprendre, citons l’exemple de la mort d’Abû Tâlib. Ce dernier est considéré comme un croyant pour les chiites alors qu’il est décédé non musulman pour les sunnites. Le film ne tranche pas la question afin que les deux avis soient envisageables et que les pensées aussi bien chiites que sunnites ne soient pas contredites. Quant aux trois premiers califes de l’Islam, ils sont à peine cités, ce qui ne blesse ni les sunnites (puisqu’ils ne sont pas représentés) ni les chiites (imamites) pour qui Abû Bakr, ‘Umar et ‘Uthmân sont considérés comme des personnes ayant usurpé la place de calife à ‘Alî après la mort du Prophète (SBDL).

Il semblerait donc que la mission des historiens de l’université d’Al-Azhar et de la haute autorité shiite du Liban consistait à valider les messages éthiques et les faits historiques de façon très globale, et tant qu’ils ne contredisaient pas de façon flagrante les grandes lignes de la Sîra. Cela permettait ainsi à Moustapha Akkad de concilier entre les doctrines chiites et sunnites et de présenter un film faisant l’unanimité chez les musulmans. Cela explique pourquoi ces deux instances ont validé le film malgré ses inexactitudes et ses manquements que nous tenterons d’éclairer et d’expliciter à travers notre critique du film avec un regard sunnite uniquement.

4 min 57 sec : ce second avertissement de Moustapha Akkad explique que le Prophète (SBDL) ne sera pas représenté dans le film par respect envers sa personne. Pour les érudits sunnites, le représenter physiquement n’est pas acceptable car cela est blasphématoire. Concernant la représentation des compagnons, la plupart des savants ont un avis similaire. Pour les chiites, il y a une plus grande souplesse à ce sujet, d’où leur grande production cinématographique sur la vie des Prophètes et des compagnons. Notons toutefois que certains érudits sunnites contemporains ont autorisé que les compagnons soient représentés dans les films car selon eux, les textes ne soulignent aucune interdiction explicite à ce sujet et parce qu’ils n’y voient aucun signe de non-respect. Afin de pouvoir produire un film retraçant la vie du Messager de Dieu (SBDL), Moustapha Akkad n’aura d’autre choix que de prendre en considération cette fatwa tout en se gardant de représenter le Messager de Dieu (SBDL).

Nos commentaires du film « Le Message »