Rencontre avec l’ange Gabriel sur le mont Hirâ

21 sec : les petites constructions que l’on observe autour du temple sacré (ka‘ba) sont des divinités secondaires adorées par les arabes et appelées « tawâghît ». Des gardiens et des chambellans étaient généralement postés devant ces divinités et des bêtes y étaient égorgées. Les idolâtres tournaient autour de ces tawâghît de la même manière que l’on tourne autour de la ka‘ba. Toutefois, cette dernière était préférée puisqu’elle avait été construite par Abraham.

23 sec : les habitations autour de la ka‘ba nous donnent une vision assez réaliste de ce que pouvait être la Mecque à cette époque. Soulignons que c’est Qusayy (5ème ascendant du Prophète ‘SBDL’) qui fera des lieux une cité (vers 440). Il donnera à la vallée une véritable allure urbaine. C’est lui qui fera construire les maisons en pierre que l’on observe ici alors qu’auparavant, les Mecquois habitaient dans des tentes.

25 sec : ce personnage est Abû Tâlib, l’oncle du Prophète (SBDL) et chef du clan des Banî Hâshim. Il joue un rôle central durant la période mecquoise. Il protège officiellement son neveu de l’hostilité mecquoise durant la prédication dite : « publique » alors qu’il n’est pas musulman (Cf. 4 mn 37 sec). Cette solidarité tribale impliquera que Muhammad (SBDL) sera soutenu et protégé des attaques des autres clans de Quraysh. Seul Abû Lahab (notable riche et puissant), frère d’Abû Tâlib, ne respectera pas ses engagements et se montrera ignoble envers le Prophète (SBDL) malgré leur lien de parenté. Cette protection sera nécessaire au Messager de Dieu (SBDL) pour la réussite de sa mission. Le Prophète (SBDL) était très proche d’Abû Tâlib et le considérait comme son père d’autant plus qu’il avait grandi sous son toit. En effet, ‘Abd al-Muttalib (son grand-père) avait laissé l’orphelin entre les mains de son fils Abû Tâlib alors qu’il n’avait que huit ans. Ce dernier l’avait élevé parmi ses propres enfants et l’avait même préféré à ceux-ci.

32 sec : comme nous l’avons dit dans la précédente vidéo, la grande foire dont parle Abû Tâlib est celle de ‘Ukâdh qui a lieu chaque année lors de la saison du pèlerinage, c’est-à-dire, durant le mois lunaire de Dhû al-hijja. Dans les minutes qui suivent, le réalisateur du film traite le thème de la première révélation. En effet, Zayd dira que le Messager de Dieu (SBDL) n’est pas revenu du mont Hirâ’ et qu’il s’y trouve depuis 3 jours. Nous remarquons ici un décalage au niveau du « calendrier » car la première révélation dont le film parle dans ce passage a lieu durant le mois du Ramadan et non à la fin de la grande foire.

39 sec : avant de présenter le personnage qui arrive en toute hâte, commençons par souligner que sur le plan géographique le quartier des Banî Hâshim ne se trouve pas en face de la ka‘ba (au coeur de la Mecque) comme le laisse suggérer le long métrage. Leur quartier se trouve plus de 700 mètres plus loin en direction du mont Abû Qubays.

Concernant le compagnon qui interpelle Abû Tâlib, il s’agit de Zayd b. Hâritha, le fils adoptif du Prophète (SBDL), ainsi que le seul compagnon dont le nom est cité dans le Coran (Cf. 33 : 37). Ce jeune arabe avait été fait prisonnier à l’âge de huit ans lors d’une razzia. Vendu sur le marché, il avait changé de mains à plusieurs reprises, jusqu’à ce qu’il soit acheté par le cousin de Khadîja qui l’avait offert à cette dernière, qui à son tour l’avait offert au Prophète (SBDL). Le père de Zayd avait beaucoup pleuré son fils et un jour, il finit par le trouver à la Mecque. Il se rendit alors accompagné par l’oncle du jeune garçon chez Muhammad (SBDL), avec une rançon, pour racheter la liberté de son fils. Muhammad (SBDL) leur dit :

« Votre enfant est comme le mien ici ; posez-lui la question, et s’il veut aller avec vous, je le lui permets sans aucune rançon de votre part. »

Zayd se tourna alors vers son père et dit :

« J’ai vu en mon maître des choses qui me le font préférer à tous, à tout jamais. »

Touché par ses paroles, Muhammad (SBDL) se rendit devant le temple sacré (ka‘ba) et proclama publiquement qu’il affranchissait Zayd et qu’il le prenait comme fils. A partir de cet événement, Zayd allait être appelé Zayd b. (fils de) Muhammad comme il en était coutume. Il ne retrouvera son nom d’origine (Zayd b. Hâritha) que lorsque Dieu révèlera des versets expliquant les règles de l’adoption (Cf. Sourate 33 : les coalisés). Enfin, soulignons que Zayd était marié à la cousine du Prophète (SBDL) Zaynab bint Jahsh et qu’ils divorceront à Médine. Suite à cet incident, Dieu ordonnera à Son Messager (SBDL) d’épouser Zaynab. Ce mariage impliquera d’ailleurs une réforme sociale d’envergure que l’on ne peut traiter ici avec détails.

48 sec : Zayd rapporte que le Prophète (SBDL) est sur le mont Hirâ depuis 3 jours (mont situé à environ 2,5 km de la Mecque). Ceci semble d’ailleurs l’inquiéter sérieusement. Commençons par souligner que le mont en question est surtout connu sous le nom de : « jabal al-nûr (le mont de la lumière) ». Le nom de « Hirâ’ » semble plutôt être celui donné à la ‘grotte’ avant l’Islam, c’est-à-dire, avant le premier contact du Prophète (SBDL) avec l’ange Gabriel. L’Islam semble avoir changé « Hirâ’ » en « Nûr (lumière) » comme il a changé « Yathrib » en « Médine ».

Les historiens comme Ibn Ishâq rapportent que le Messager de Dieu (SBDL) se retirait à Hirâ’ depuis l’âge de 37 ans, chaque année, pour le mois du Ramadan tout entier. L’inquiétude de ne pas voir le Messager de Dieu (SBDL) réapparaître après 3 jours d’absence me semble par conséquent non justifiée et non avérée, d’autant plus que les historiens semblent ne rien préciser à ce sujet. Enfin, soulignons que la notion de retraite spirituelle n’était pas étrangère aux Qurayshites et que d’autres arabes pratiquaient cette coutume. C’est pourquoi Abû Tâlib dit dans des vers poétiques :

Par Thawr et par celui qui a placé Thabîr ferme en sa place (2 montagnes de la Mecque)

Et par ceux qui montaient sur Hirâ’ et descendaient

Le Prophète (SBDL) prit goût à l’esseulement bien avant la première révélation. A l’âge de quarante ans, l’âge de la perfection dit-on, les signes de la prophétie commencèrent à se manifester. Les premiers signes étaient des visions véridiques qui ne manquaient jamais de se réaliser. Ce n’est qu’après cette première phase qui dura six mois que l’ange Gabriel apparut.

54 sec : Zayd mentionne ici le nom de Khadîja, l’épouse du Prophète (SBDL). Elle tient une place très importante dans la sîra puisqu’elle va soutenir moralement et financièrement les musulmans jusqu’à son dernier souffle, c’est-à-dire, jusqu’à 10 ans après la révélation. Malheureusement, le personnage de Khadîja est invisible dans le long métrage (comme les 4 califes d’ailleurs), ce qui biaise le sens véritable de la sîra. En effet, comment peut-on passer à côté de personnages tels que Khadîja, Abû Bakr ou ‘Umar alors que les historiens sont unanimes pour affirmer qu’ils ont joué un rôle central dans la construction et l’évolution même de l’Islam ?!

Khadîja bint Khuwaylid comptait tellement pour le Messager de Dieu (SBDL) qu’il me semble important de nous arrêter l’instant de quelques lignes sur notre mère (spirituelle) qui fut la première à suivre le Messager de Dieu (SBDL), à l’écouter et à le soutenir. La mère des croyants Khadîja était considérée par les Qurayshites comme la meilleure des femmes de la ville du point de vue de son lignage. Elle avait 40 ans lors de son mariage avec le Prophète (SBDL) qui lui avait 25 ans. A cette époque, elle était veuve et était connue à la Mecque comme étant une riche négociante. Elle avait pour habitude de louer les services d’hommes pour diriger ses caravanes commerciales. Lorsqu’elle entendit parler de la haute moralité du Prophète (SBDL), elle lui proposa de diriger une de ses caravanes en direction du Cham. Le Prophète (SBDL) accepta et revint de ce voyage avec des bénéfices matériels importants. Lorsque Khadîja entendit parler de sa haute moralité et de sa probité, elle fit part à son amie Nafîsa de son désir de l’épouser. A peu près deux mois plus tard, le mariage fut conclu. Le Prophète (SBDL) n’épousera aucune autre femme durant les vingt-cinq années qui suivront son mariage. Khadîja décèdera à l’âge de soixante-cinq ans suite à l’embargo économique et social que subiront les musulmans. Khadîja est sans aucun doute la meilleure femme qu’ait connue la communauté musulmane. Dans un hadith rapporté par al-Bukhârî et Muslim, le Prophète (SBDL) dit :

« Marie est la meilleure des femmes [au ciel] et Khadîja est la meilleure des femmes [sur terre]. »

Enfin, notons que tous les enfants du Prophète (SBDL) ont pour mère Khadîja sauf Ibrâhîm. La mère de ce dernier est Mâriya la copte. Avec Khadîja, le Prophète (SBDL) aura deux garçons et quatre filles. Les deux garçons sont al-Qâsim et ‘Abdullah : tous deux décèdent en bas âge (comme Ibrâhîm). Les filles quant à elles sont : Zaynab, Ruqayya, Umm Kalthûm et Fâtima : toutes décèdent du vivant du Prophète (SBDL) sauf Fâtima qui quittera ce monde 6 mois après la mort de son père.

1 min 10 sec : rien ne prouve sur le plan historique qu’Abû Tâlib avait peur de voir Muhammad (SBDL) se retirer dans la grotte de Hirâ’. D’ailleurs, pourquoi serait-il effrayé alors que cette coutume consistant à s’isoler existait déjà comme nous l’avons expliqué (Cf. 48 sec).

1 min 12 sec : le mont Hirâ’ ne ressemble pas du tout à cela. Pour vérifier, il nous suffit aujourd’hui de taper « Hirâ’ » sur un moteur de recherche quelconque et de comparer les photos à ce que l’on voit ici dans le long métrage.

1 min 30 sec : l’entrée de la « grotte » ne ressemble pas à cela non plus. En effet, l’entrée n’est pas aussi spacieuse. La « grotte » de Hirâ’ ressemble plus à un « enfoncement » dans le mont, permettant à deux ou trois personnes au maximum de s’y positionner, qu’à une grotte du type « grotte de Lascaux ». Par conséquent, l’ange Gabriel a dû apparaître en plein air sur le bord du mont Hirâ’ et non à l’intérieur d’une grotte fermée de façon hermétique.

2 min 04 sec : la traduction des cinq premiers versets révélés par Dieu à son Prophète (SBDL) est à revoir. Avant de proposer une traduction plus précise, commençons par nous arrêter sur les détails de cette première rencontre entre les deux Messagers de Dieu, Muhammad (SBDL) et l’ange Gabriel. Les historiens rapportent que ce dernier saisit le Prophète (SBDL), le serra très fort et lui demanda de lire. Terrorisé et ne sachant pas ce qui lui arrivait, le Prophète (SBDL) lui répondit qu’il ne savait pas lire. Gabriel insista, le ressaisit fortement et lui demanda une nouvelle fois de lire. Le Prophète (SBDL) répéta qu’il lui était impossible de lire. Pour une troisième fois, Gabriel le serra contre lui et lui demanda de lire, mais en vain. Enfin, l’ange lui récita les versets suivants :

« Lis au nom de ton Seigneur qui a tout créé, qui a créé l’homme d’une adhérence ! Lis, car la bonté de ton Seigneur est infinie ! C’est Lui qui a fait de la plume un moyen du savoir et qui a enseigné à l’homme ce qu’il ignorait » (96 : 1-5).

2 min 40 sec : le Prophète (SBDL) n’avait absolument aucun compagnon lors de la première révélation. Le fait de voir Zayd expliquer à des compagnons qu’il y a eu un premier contact entre Muhammad (SBDL) et l’ange Gabriel est purement fictif.

2 min 45 sec : si le Prophète (SBDL) est tremblant sous son manteau (ou sa couverture plutôt), c’est parce qu’il est sous le choc de ce qu’il vient de vivre à Hirâ’. En arrivant chez lui précipitamment, il demande à son épouse de le couvrir car il est effrayé et n’a aucune idée de ce qui se passe. Est-ce une attaque du diable ? Est-ce de la folie ? Pour le rassurer, Khadîja le conduit chez son cousin Waraqa b. Nawfal (ce que l’on ne voit d’ailleurs pas dans le long métrage) qui est chrétien et qui maîtrise l’hébreu ainsi que l’évangile. Waraqa est un homme âgé et aveugle. Après avoir écouté le récit du Prophète (SBDL), il s’exclama :

« Il s’agit du Nâmus (l’ange Gabriel) que Dieu envoya à Moïse. Que j’aurais aimé être plus jeune ! Puissé-je vivre jusqu’au jour où ton peuple te chassera. »

Etonné, le Messager de Dieu (SBDL) lui dit :

« M’expulsera-t-on ? »

Waraqa lui répondit :

« Personne n’est venu avec un message semblable à celui-ci sans qu’il n’ait été traité avec hostilité ; et si je vis jusqu’à ce jour-là, je te prêterai main forte. »

Warawa décèdera quelque temps plus tard.

3 min 03 sec : personne ne savait à ce moment-là qu’il s’agissait d’un ange. Comme nous l’avons expliqué juste avant, c’est Waraqa qui va informer le Prophète (SBDL) de cela. Lors de la première révélation, le Prophète (SBDL) était inquiet car il pensait avoir été touché par un mal ou un être maléfique. Pour le rassurer, Khadîja lui rappela qu’il ne pouvait en être ainsi car il était un homme de bien. Elle lui dit :

« N’aie pas peur ! Dieu ne te poussera jamais vers le mal. Dieu ne te fera que du bien car tu aides tes proches, tu soutiens ta famille, tu gagnes honnêtement ta vie, tu maintiens les autres dans la droiture, tu donnes asile aux orphelins, tu dis la vérité, tu ne t’appropries pas frauduleusement les dépôts, tu portes secours à ceux qui n’ont rien, tu fais du bien aux pauvres et tu traites avec courtoisie tout le monde. »

A cette époque, le Prophète (SBDL) détestait les idoles, ne consommait pas de viande égorgée au nom des idoles, n’assistait pas non plus aux fêtes païennes, rejetait la superstition et ne buvait pas de vin. Les Quraychites affirmaient unanimement qu’il était sage, honnête, véridique et digne de confiance. Dieu – Le Très-Haut – dit à son sujet :

« En vérité, une récompense sans reproche t’est réservée et tu es doué d’un caractère élevé » (68 : 3-4).

3 min 37 sec : Moustapha Akkad souhaite nous montrer ici un Abû Tâlib réticent et ayant des doutes quant au sujet de la révélation. S’il en est ainsi, c’est parce que selon les historiens sunnites, Abû Tâlib est mort non musulman. Question : est-ce véritablement de cette manière et à l’occasion de la première révélation qu’Abû Tâlib a découvert l’Islam ? Tout laisse à penser que non. Les faits historiques rapportés laissent plutôt penser qu’il va découvrir l’Islam un peu par hasard, et plusieurs mois plus tard, lorsqu’il verra son fils ‘Alî prier avec le Messager de Dieu (SBDL). Ibn Hishâm rapporte qu’en les voyant prier, Abû Tâlib demandera de quoi il s’agit. Lorsqu’il lui sera répondu qu’il s’agit de la prière, il les encouragera à se montrer fermes dans leur pratique. Ce qu’il ne faut surtout pas perdre de vue, c’est que ce passage du film (les 5 minutes que nous analysons) nous parle uniquement de la « première révélation » et non du début de la « prédication ». En d’autres termes, Dieu ne demande pas encore à Son Prophète (SBDL) de faire parvenir le message divin aux hommes, cela ne se fera que quelque temps plus tard. A ce moment de l’histoire seule l’épouse du Prophète (SBDL) est au courant de ce qui vient de se passer et personne d’autre ; le Prophète (SBDL) découvre le monde de l’invisible. Le choc est violent mais nécessaire.

4 min 05 sec : ces propos de Zayd n’ont pas été dits dans ce contexte et n’ont pas été prononcés par Zayd. Ils font allusion à un hadith rapporté par al-Bukhârî qui dit que :

« L’inspiration divine marqua une pause et le Prophète (SBDL) devint si triste qu’il eut à plusieurs reprises l’intention de se jeter du haut d’une montagne mais chaque fois qu’il tentait de réaliser ce dessein, Gabriel lui apparaissait et lui disait : ‘Ô Muhammad ! En vérité, tu es le Messager de Dieu’, cela apaisait son cœur et il revenait chez lui plein de sérénité. Mais la révélation tardant à venir, il agissait de nouveau de la sorte, et Gabriel lui apparaissait encore, lui tenant inlassablement les mêmes propos. »

Cette pause de l’inspiration divine qui surviendra tout de suite après la première révélation est appelée « fatra al-wahyî » et va durer près de quarante jours (selon l’avis le plus connu). Ce n’est qu’ensuite que la révélation va reprendre. Si Moustapha Akkad fait un tel raccourci, c’est parce qu’il souhaite aller du sujet de la « première révélation » à celui du début de la « prédication publique » sans s’arrêter sur les sujets de la « coupure de la révélation » et de la « prédication secrète ».

Afin de mieux comprendre ce raccourci, il me semble nécessaire d’expliquer brièvement l’évolution de la révélation à travers les 4 étapes suivantes : première révélation, coupure de la révélation, prédication secrète et prédication publique. Il y a tout d’abord le premier contact du Prophète (SBDL) avec l’ange Gabriel dans la grotte de Hirâ’ ; sujet que nous avons traité plus haut. Ensuite, il n’y a plus de révélation pendant une période dont la durée est incertaine chez les historiens (les avis allant de 4 jours à 3 ans). Après cette période de vide et de calme, la révélation reprend. Al-Bukhârî rapporte selon Jâbir b. ‘Abdillah que le Messager de Dieu (SBDL) a dit :

« Je marchais lorsque j’ai entendu une voix provenant du ciel. Levant les yeux, j’ai aperçu l’ange qui m’était apparu dans la grotte de Hirâ’. Il était assis sur un siège entre ciel et terre. Je fus saisi de frayeur au point de perdre l’équilibre et de tomber. Je suis ensuite revenu à la maison et j’ai dit : ‘Couvrez-moi…Couvrez-moi.’ C’est alors que Dieu révéla les versets suivants : ‘Ô toi qui te blottis sous un manteau ! Lève-toi pour commencer tes exhortations et glorifier le Nom de ton Seigneur ! Hâte-toi de faire tes ablutions, et de fuir toute abomination’ (74 : 1-5). Après cela, la révélation devint fréquente et régulière. »

Dans ces versets, Dieu annonce au Prophète (SBDL) qu’il doit aller à la rencontre des gens pour les avertir d’un châtiment douloureux s’ils persistent dans leur égarement :

« Lève-toi pour commencer tes exhortations ».

Le Prophète (SBDL) commencera par avertir ses proches et ses amis. Il appellera à l’Islam uniquement ceux qui sont susceptibles d’accepter le message et qui recherchent la vérité. Durant cette période de prédication « secrète », l’Islam va toucher tous les clans de la Mecque ainsi que toutes les classes sociales. On note aussi qu’à peu près la moitié des convertis étaient des personnes considérées comme « faibles » sur un plan social. La moitié de ceux qui avaient suivi l’Islam lors de cette première phase de la prédication étaient des hommes libres alors que l’autre moitié était composée de femmes, de confédérés et d’esclaves. Les femmes représentaient à elles seules environ un quart de la communauté. Le premier noyau de l’Islam était constitué essentiellement de jeunes à l’exemple de ‘Alî et d’al-Arqam b. Abî al-Arqam. Les personnes plus âgées se montraient plus conservatrices et plus opposées au changement. Durant ces trois premières années, un noyau dur va se former autour du Messager de Dieu (SBDL) et c’est ce même noyau qui sera confronté à la réaction violente des Quraychites lorsque l’appel deviendra public. La première phase ne s’achèvera qu’une fois ce noyau formé. Il est à remarquer que, lorsque les persécutions contre les musulmans commenceront, aucun de ces premiers musulmans ne reniera sa foi. Les Quraychites resteront neutres dans cette première phase et ne réagiront pas, malgré qu’ils aient été au courant de l’existence de cette nouvelle religion à la Mecque. Si les mecquois n’ont pas accordé d’importance à la religion professée par Muhammad (SBDL), c’est parce qu’ils l’ont considérée comme une religion supplémentaire venant enrichir le tableau des idoles qui attiraient les foules à la Mecque. Le problème se posera à la phase suivante lorsque le Prophète (SBDL) prendra position publiquement contre le paganisme.

Après trois années de prédication secrète, Dieu – Le Très-Haut – révèlera les versets suivants :

« Proclame donc hautement les ordres que tu as reçus et détourne-toi des idolâtres ! » (16 : 94)

et

« Avertis les gens qui te sont les plus proches, et sois bienveillant à l’égard des croyants qui te suivent ; mais s’ils te désobéissent, dis-leur : ‘Je désavoue ce que vous faites’ » (26 : 214-216).

La prédication prendra alors une nouvelle tournure en devenant publique. Elle ne concernera plus seulement certains individus susceptibles de suivre le message de l’Envoyé de Dieu (SBDL), mais l’ensemble des gens, qu’ils soient Arabes ou non. Le Messager de Dieu (SBDL) commencera à présenter l’Islam aux membres de son clan, les Banî Hâchim. Après avoir obtenu la protection d’Abû Tâlib, le Prophète (SBDL) invitera publiquement les Quraychites à suivre le message de Dieu – Le Très-Haut.

4 min 25 sec : si Moustapha Akkad souligne ici qu’Abû Bakr, ‘Alî et Zayd étaient au courant au sujet de la première révélation, c’est parce qu’il ne souhaite pas s’arrêter sur le sujet de la prédication « secrète / sélective ». Il compte traiter directement le sujet de la prédication « publique » et s’arrêter plutôt sur les persécutions infligées aux croyants. Les exigences du long métrage lui imposent de faire ce choix et d’intégrer ces inexactitudes. Il n’en reste pas moins qu’effectivement, les premiers musulmans furent Khadîja (première femme), Abû Bakr (premier homme libre), Zayd (premier affranchi) et ‘Alî (premier enfant). Seulement, ces derniers ne furent informés qu’au début de la prédication « secrète » (mise à part Khadîja).

4 min 37 sec : la protection d’Abû Tâlib n’a pas été accordée dans ce contexte (suite à la première révélation) mais plutôt tout au début de la prédication « publique ». On rapporte que lorsque le Prophète (SBDL) regroupa les Banî Hâshim (ainsi qu’un groupe des Banî ‘Abd al-Muttalib) pour les informer de la prophétie, Abû Lahab lui coupa la parole et ne le laissa pas parler. Le Prophète (SBDL) les réunit alors une seconde fois et dit :

« Je suis l’Envoyé de Dieu – Le Très-Haut – aux hommes en général et à vous en particulier. Par Dieu, vous mourrez comme vous dormez, vous serez ressuscités comme vous vous réveillez et vous serez jugés selon vos actions ».

Abû Lahab manifesta alors son opposition. Sans doute pensait-il aux conséquences désastreuses qu’aurait cette prophétie sur sa situation et sur ses affaires. Il préférait voir son neveu excommunié que protégé par son clan. Abû Lahab savait que si Muhammad (SBDL) n’était pas excommunié sur-le-champ, sa tribu n’aurait plus d’avenir économique à la Mecque et devrait vivre dans la peur et sous la menace d’être attaquée ou expulsée par les autres clans de la cité. Abû Tâlib eut une réaction différente, il promit d’accorder sa protection ainsi que celle de son clan au Prophète Muhammad (SBDL).

Nos commentaires du film « Le Message »